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Tome douzième.
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ROYAUM E DE SIA M, Lrv. II. 23

cent pieds de large,& quinze de hauteur. Les galeries du clottre ſontouvertes du côté de la Pagode. Le lambris eſt peint& doré à la Moreſ-que. Au dedans des galeries, le long de la muraille extérieure, qui eſttoute fermée, règne un long piédeſtal, à hauteur d'appui, ſur lequel ſontPoſées plus de quatre cens ſtatues d'une trés-belle dorure,& diſpoſées entrés-bel ordre. Quoiqu'elles ne ſoyent que de brique dorée, elles paroiſ-ſent aſſez bien faites: mais elles ſont ſi ſemblables, que ſi leur grandeur n'é-toit pas inégale, on les croiroit toutes ſorties du même moule. Parmi cesfigures, Auteur en compta douze de taille giganteſque; une au milieu dechaque galerie,& deux à chaque angle, affiſes, à cauſe de leur hauteur,ſur des baſes plates,& les jambes croiſées. II eut la curioſité de meſurerune de leurs jambes, à laquelle il trouva la longueur entiere d'une toiſe,depuis le bout du pied juſqu'au genou; le pouce, de la groſſeur ordinairedu bras,& le reſte du corps à proportion. Outre celles-ci, qui ſont de lapremiere grandeur, il en vit environ cent autres, à demi giganteſques, quiont quatre pieds depuis Pextrémité du pied juſqu'au genou. Enfin, par-mi les premieères& les ſecondes, il en compta plus de trois cens,dont il n'y en a gueres qui ſoyent au-deſſous de la grandeur naturel-le,& toutes dreſſées ſur pied. II ne parle point d'un grand nombrequi ne font pas plus grandes que des poupées,& qui ſont méelées entreles autres( 8

LàA France, au jugement de l'Auteur, n'a pas d'Edifice où la ſymétrieſoit mieux obſervéc que dans cette Pagode, ſoit pour le corps, ſoit pourles accompagnemens. Son cloitre eſt ffanqué des deux cêtés en dehors, deſeize grandes pyramides, arrondies par le haut en forme de dome, de plusde quarante pieds de hauteur,& de plus de douze en quarré, diſpoféesſur une méême ligne comme une ſuite de groſſes colomnes, dans le milieudeſquelles ſont de grandes niches, garnies de Pagodes dorées. Ce beau ſpec-racle arréra ſi long-tems lAuteur& tous les Frangois, qu'ils n'eurent pas letems de conſidérer pluſieurs autres Temples, qui étoient proche du pre-mier, ou dans Penceinte des mémes murs. On juge à Siam de la nobleſ-ſe des familles par le nombre des toits dont les maiſons ſont couver-tes. Celle-ci en a cinq les uns ſur les autres,& l'appartement du Roien a ſept(g).

OurRn le feſtin du Roi,& ceux de ſon Miniſtre, il s'en faiſoit d'au-tres, à'occaſion des évenemens extraordinaires, ouù les Chefs de toutes lesNations de l'Europe, établies à Siam, c-'eſt-à-dire les François, les Anglois,les Portugais& les Hollandois étoient invités. L'Auteur& ſes Confrè-res Stoient quelquefois obligés d'y affiſter. A lune de ces réjouiſfancesſuccedèrent pluſieurs ſortes de divertiſſemens. Le premier fut une Comé-die Chinoiſe, diviſée par actes. Différentes poſtures, hardies& groteſ-ques,& quelques ſauts aſſez furprenans y ſervirent d'intermèdes. Tandisque les Chinois jouoient la Comédie d'un cêôté, les Laos qui ſont des Peu-ples voiſins du Royaume de Siam au Nord, donnérent à Ambaſſadeur le

Spectacle

(*¼) Pag. 190& précédentes.(4) Pag. 191. Voyez ci-- deſſous, la Deſcription.

TAcCHARDP.

1685.

Feſtins&réjouiſſances,

Comédie.