1685.
Marionnet-tes des Indes.
Sauteurs.
Concert demuſique.
Spectacled'uane marchedu Roi.
Ridiculeuſage aboli.
Ordre de lamarche.
4 vOYACES DANS LE
Spectacle des Marionnettes des Indes, qui ne ſont pas fort différentes desnôtres. Entre les Chinois& les Laos parut une troupe de Siamois& deSiamoiſes, diſpoſés en rond, qui danſoient d'une manière que'Auteurtrouva bizarre; c'eſt-à-dire, des mains& des pieds. Quelques voix d'hom-mes& de femmes, qui chantoient un peu du nez, jointes au bruit de leursmains, réègloient la cadence(r).
Cns jeux furent ſuivis de celui des Sauteurs, qui montoient ſur de grandsbambous, plantés comme des màts de quatre-vingt ou cent pieds de hau-teur. IIs ſe tenoient au ſommet d'un ſeul pied, l'autre en l'air. Enſuite,mettant la téte ouù ils avoient le pied, ils élevoient les deux pieds en haut.Enfin, aprês s'etre ſuſpendus par le menton, qui étoit ſeul appuyé ſur lehaut des bambous, les mains& le reſte du corps en l'air, ils deſcendoientle long d'une échelle droite, paſſant entre les Schellons avec une agilité&une viteſſe incroyable. Un autre fit mettre, ſur une manieêre de brancart,ſept ou huit poignards, la pointe en haut, s'afſfit deſſus,& s'y coucha lecorps nud, ſans porter ſur d'autre appui. Enſuite il fit monter ſur ſon eſto-mac un homme fort peſant, qui s'y tint debout, ſans que toutes cespointes, qui touchoient immédiatement ſa peau, fuſſent capables de lapercer(5).
UN Concert terminoit ces divertiſſemens. Quoique la muſique& les voixm'euſſent rien de fort beau pour des Européens, la nouveauté& la diverſi-té leur donnoient aſſez d'agrément pour les faire entendre la premieère foisſans ennui. Les Siamois, les Malais, les Peguans,& les Laos faiſoiententendre leur harmonie tour à tour. Leurs inſtrumens reſſemblent aſſezaux nôtres; mais ſont fort éloignés d'être auſſi parfaits. L'Auteur en ad-mira un, qui lui parut fort extraordinaire; monté d'une douzaine de ſon-nettes, qui étant legerement frappées avec de petits bàtons, rendoient unſon tout-à-fait harmonieux(t).
LE 28 d' Octobre, on publia que le Roi devoit ſortir, pour aller faireſes prières, à trois lieues de la Ville, dans une fameuſe Pagode,& pourrendre viſite au Sancra, qui eſt le Chef de la Religion& de tous les Ta-lapoins du Royaume. Autrefois ce Monarque faiſoit, dans cette occaſion,la cérémonie de couper les eaux; c'eſt-à-dire, de frapper la Riviere de ſonpoignard au tems de la plus grande inondation,& de commander aux eauxde ſe retirer. Mais ayant reconnu que les eaux continuoient quelquefoisde monter, apres avoir regçu l'ordre de deſcendre, il avoit renoncé à ceridicule uſage;& ſa piété ſe réduiſoit à viſiter, comme en triomphe, laPagode& le Grand-Prêtre. On prépara une galerie, ſur le bord de la Ri-viére, pour donner ce ſpectacle aux Frangois. Le Seigneur Conſtan-ce s'y plaga prés de PAmbaſſadeur,& lui expliqua l'ordre de la mar-che royale. II voulut que les Jéſuites fuſſent auſſi préſens;& l'Auteuravoue, comme à regret, qu'ils étoient forcés d'affiſter à des cérémoniesſi profanes.
VINGCT-TRoOIS Mandarins du plus bas ordre parurent d'abord, chacun
dans
(1) Pag. 193.(s) Ibidem.(t) Pag. 194& ſuiv.