TAcHARp.
1685.
Palais deLouvo& ſesJardins.
Promenadefur des élé-phans.
Eléphantblanc deSiam.
Remarquesfur les élé-phans.
28 VOXAGESDANS LE
eaux& les pluyes durent ſept ou huit mois, la Ville ne peut guéres étreaſſiégée de ce côté-là, qui eſt d'ailleurs extraordinairement eſcarpé. Lesautres côtés ſont ou des marais qu'on peut inonder facilement, ou des hau-teurs en amphiteatre, qu'on avoit deſſein de renfermer dans la Ville, pourſervir de profonds foſſés& de remparts terraſſés, à Pépreuve de toute forted'artillerie.
LAMBASSADEUR, qui s'étoit rendu auſſi à Louvo, fut conduit à Pau-dience, où le Roi lui parla des ſix Jéſuites, qu'il avoit amenés,& que leRoi de France envoyoit, lui dit-il, pour faire leurs obſervations dans lesIndes,& pour travailler à la perfection des Arts. C'étoit ſous cette idéeque le Seigneur Conſtance les avoit annoncés à la Cour. Pendant l'au-dience les jéſuites viſitérent les Jardins& les dehors du Palais. La ſitua-tion en eſt fort belle. II eſt placé au bord de la Rivière, ſur une éléva-tion aſſez unie. L'enceinte en eſt grande. L'Auteur n'y vit rien de plusremarquable que deux grands corps déè logis détachés, dont les toits é-toient tout éclatans de dorure. Cet éclat vient aux thuiles, d'un vernisjaune dont elles font revétues, qui brille autant que de l'or aux rayons du-Soleil. On apprit à'Auteur que chacune de ces thuiles coutoit quaranteſous(c).
LE ſoir, on fit promener l'Ambaſſadeur& toute ſa ſuite, ſur des clé-phans. Des le jour de ſa premiêre audience, on lui avoit fait voir dansje Palais de Siam,''Eléphant blanc, pour lequel on a tant de vénerationdans les Indes,& qui avoit fait le ſujet de pluſieurs guerres. II Tavoittrouvé aſſez petit,& ſi vieux qu'il en étoit ridé. Auſſi Iui donnoĩt-on troiscens ans. Pluſieurs Mandarins étoient deſtinés à le ſervir. On ne lui of-froit rien qu'en vaifſelle d'or: au moins, deux baſſins, qu'il avoit devantlui, étoient d'or mafſfif, d'une grandeur& d'une épaiſſeur extraordinaire.Son appartement étoit magnifique;& le lambris du Pavillon étoit fort pro-prement doré. L. Auteur obſerve que les moindres éléphans du Roi ontquinze hommes qui les ſervent par quartier; que d'autres en ont vingt,vingt-cinq, trente,& quarante, ſelon leur rang;& que l'éléphant blancen aà cent. On a peine à ne pas croire cette remarque un peu exagerée,lorſqu'il ajoüte„ que le Seigneur Conſtance lui a dit, que le Roi n'a pas„ moins de vingt mille éléphans dans ſon Royaume, ſans compter les ſau-„ vages, qui font dans les bois& dans les montagnes. On en prend quel-„ quefois, aſfüre-t-il, juſqu'à cinquante, ſoixante,& quatre-vingt même„ à la fois dans une ſeule chaſſe(4)".
MEsSIEURS de Académie Royale des Sciences avoient recommandéaux fix Jéſuites d'examiner ſi tous les éléphans avoient des ongles aux pieds.L. Auteur n'en vit pas un ſeul qui n'eũt cinq ongles à chaque pied, c'eſt-à-dire, à extrémité des cinq gros doigts: mais leurs doigts ſont ſi courts,qu'à-peine ſortent-ils de la maſſe du pied. Il remarqua qu'ils n'ont pas, àbeaucoup pres, les oreilles ſi grandes qu'on les dépeint ordinairement. Ien vit pluſieurs qui avoient les dents d'une beauté& d'une longueur admi-rable. Elles fortoient, à quelques uns, plus de quatre pieds hors de la
bouche;
(e] Pag. 203.(d) Voyez la Deſcription du Royaume de Siam,