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Tome douzième.
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RONAUME DE SILA M, Lrv. II. 29

bouche;& d'eſpace en eſpace, elles étoient garnies de cercles d'or, d'ar-gent& de cuivre. Dans une Maiſon de campagne du Roi, à une lieue deSiam ſur la Riviere, il vit un petit éléphant blanc qu'on deſtinoit pour ſuc-ceſſeur à celui qui étoit dans le Palais. On Pélevoit avec des ſoins extraor-dinaires. Pluſieurs Mandarins étoient attachés à ſon ſervice;& les égardsqu'on avoit pour lui s'étendoient juſqu'à ſa mêre& à ſa tante, qu'on nour-riſſoit avec lui. Sa groſſeur étoit à-peu-prêès celle d'un bœuf. C'toit leRoi de Camboye qui en avoit fait préſent au Roi de Siam, depuis deux outrois ans, en lui faiſant demander du ſecours contre un ſujet rebelle quiStoit ſotenu par le Roi de la Cochinchine.

ENFPIN, le 22 de Novembre, les Mathématiciens Jéſuites furent aver-tis que le Roi vouloit leur accorder, le même jour, une audience particu-liére. Ce fut le Seigneur Conſtance qui leur fit l'honneur de les conduireau Palais, vers quatre heures après midi. II leur fit traverſer trois cours,dans lefquelles ils virent des deux côtés, pluſieurs Mandarins proſternés.En arrivant dans la cour la plus intérieure, ils trouvêèrent un grand tapis,ſur lequel ce Miniſtre leur dit de s'aſſeoir. IIs m'avoient pas d'habits decérémonie. On ne les obligea pas même de ſe déchauſſer, ce qu'on leurfit regarder comme une grande marque de diſtinction. Auſſi-têt qu'ils fu-rent aſſis, le Roi, qui alloit fortir pour voir un combat d'éléphans, dontil vouloit donner le plaiſir à LAmbaſſadeur, monta ſur le ſien, qui l'atten-doit à la porte de ſon appartement;& remarquant les Jéſuites à dix oudouze pas de lui, il s'avanga vers eux(e).

LE Pére Fontenay, Supérieur de ſes Confrères, avoit preparé un com-pliment. Mais le Seigneur Conſtance voyant le Roi preſſé, parla poureux à ce Prince, qui les regarda, les uns après les autres, d'un viſage riant& plein de bonté. Son âge étoit d'environ cinquante- cinq ans; ſa tailleun peu au-deſſous de la médiocre, mais fort droite& bien priſe. Il répon-dit au diſcours de ſon Miniſtre„ qu'ayant ſqu que le Roi de France en-„ voyoit les ſix Jéſuites à la Chine pour de grands deſſeins, il avoit deſiré„ de les voir,& de leur dire de bouche que s'ils avoient beſoin de quelque„ choſe, ſoit pour le ſervice du Roi leur Mattre, ſoit pour leur propre„ uſage, il avoit donné ordre qu'on leur fournêt tout ce qui leur ſeroit né-„ ceſſaire(†) ˙.

LEs Jéſuites n'eurent le tems de répondre aà cette faveur, que par desremercimens reſpectueux& de profondes inclinations. Le Roi continuaſon chemin;& paſſant de cette cour dans une autre, au milieu d'une hayede Mandarins proſternés devant lui, le front contre terre& dans un grandſilence, il trouva, prês de la premiêre porte du Palais, les Chefs des Com-pagnies marchandes de l'Europe, déchauffés, à genoux, appuyés ſur leurscoudes, auxquels il donna une courte audience.

LE

r.(e) Pag. 207. L'Auteur n'explique pas tout monté, que le Roi s'approcha d'eux(1).ꝑplus nettement ſi c'eſt avant que de monter, ou(†) ILbidem.

(r) Cependant'Auteur dit que le Roi monta ſur ſon éléphant avant que de leur parler,& qu'il contismua flon chemin immédiatement apres, ce qui patoit aſſez clair. K, d. E.

3

TACcCHARpD.1685.phant blanc,élevé pourſuccéder à

Pautre.

Audienceparticulièreaccordée aurJéſuites.

Commentils ſont trai

tés par le Roĩ.