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Tome douzième.
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Silence quirègne autourdes Palais duRoi.

Chauſſe-trappes Sia-moiſes.

Obſervationd'une Eclipſede Lune, auChateau deThlée-Pouſ-ſonne.

36 VOYXAGES DANS L E

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qui fut ſervie dans un lieu fort agréable, autour duquel on avoit placé deseléphans de guerre& des feux, pour garantir les Frangois des tigres& desautres animaux feroces qui pouvoient ſe trouver dans Fenceinte, le Sei-gneur Conſtance mena les Jéſuites au Chateau de Thlée-Pouſſonne, où leRoi s'étoit déjà rendu pour aſſiſter à l'obſervation de l'Eclipſe. IIs arrivé-rent, à neuf heures du ſoir, au bord d'un canal qui conduit au Chàteau, oùils étoient attendus par un Balon du Roi. Ce canal eſt fort large,& long

e plus d'une lieue. II Stoit éclairé, ſur les deux rives, d'une infinité defeux, élevés comme ceux qu'on a décrits. A un demi-quart de lieue duChaäteau, les Rameurs, qui avoient nagé juſqu'alors avec beaucoup de for-ce& de bruit, commencérent à ramer ſi doucement qu'on n'entendoit preſ-que pas le bruit de leurs rames. On avertit les Jéſuites qu'il falloit ſe taireou parler fort bas. Lorſqu'ils deſcendirent au rivage, tout étoit ſi tran-quille, malgré la multitude de Soldats& de Mandarins qui ſe trouvoientaux environs, qu'ils ſe crurent dans une ſolitude écartée. Is s'employèe-rent d'abord à diſpoſer leurs lunettes ſur divers appuis qu'on avoit élevésdans cette vüe. Mais n'ayant pas ef beſoin de donner beaucoup de tems àce travail, ils ſe rembarquêrent une heure aprêès, pour aller paſſer une par-tie de la nuit dans la maiſon du Seigneur Conſtance, qui étoit à cent pas duPalais.

EN dẽbarquant au pied de la muraille qui eſt au-delà du canal, ils furentexpoſés au danger de s'enferrer dans une eſpèce de chauſſe-trappes, com-poſées de pluſieurs chaines de fer, qui ſont placées à côté les unes des au-tres à un demi pied de diſtance,& qui occupent la largeur du terre-plain,entre le canal& le mur. Ces chaines ſont armées d'un double rang degroſſes pointes de fer. On les tend chaque nuit autour du Chàteau, pouren défendre les approches. L.'Officier de garde regut ordre de les faire le-ver, à Poccaſion d'un des ſix Jéſuites, qui faillit de s'engager dans ce dan-gereux labyrinthe. Enſuite s'étant approchés de la muraille, ils marché-rent dans un petit ſentier, de deux pieds de large, qu'on laiſſe libre pourfaire les rondes de nuit;& ſur les onze heures du ſoir, ils arrivêrent à lamaiſon du Seigneur Conſtance(v).

Ox leur laiſſa trois ou quatre heures de repos, apres leſquelles ils sem-barqueérent, pour ſe rendre à la galerie oùðl ſe devoit faire obſervation. IIétoit prês de trois heures après minuit. Les Mathématiciens, à leur arri-vée, préparêrent, pour le Roi, une fort bonne lunette de cinq pieds, dansla fenétre d'un ſallon qui donnoit ſur la galerie. On avertit ce Prince, quivint auſſi-tõt à cette fenstre. Les Mathématiciens étoient aſſis ſur des ta-pis de Perſe, les uns aux lunettes d'approche, les autres à la pendule. D'au-tres devoient écrire le tems de P'obſervation. IIs ſfaluérent le Monarquede Siam, par une profonde inclination,& chacun commenga ſon exer-cice(x).

LIE

(v) Pag. 244. tat, la différence des longitudes de Paris&(x) Ces obſervations ſe trouvent dans de Louvo, eſt quatre-vingt-dix-huit degrésles Mémoires de l'Academie des Sciences. trente-deux minutes,& par conſéquent queIl ſuffira de remarquer ici, que par le réſul- la longitude de Paris étant vingt-deux, tren-te.