ROYAUME DE SIA M, Lrv. II. 37
LE Roi parut prendre un vrai plaiſir à voir toutes les taches de la Lunedans la lunette; ſur-tout lorſqu'on lui fit remarquer leur conformité avec letype qu’'on en avoit fait à l'Obſervatoire de Paris. II fit diverſes queſtions:pourquoi la Lune paroiſſoit renverſée dans la lunette? pourquoi l'on voyoitencore la partie de la Lune qui étoit éclipſée? quelle heure il étoit à Paris?à quoi des obſervations, faites de concert dans des lieux ſi éloignés, pou-voient être utiles?&c. Tandis qu'on ſatisfaiſoit ſa curioſité par des expli-cations, un de ſes principaux Officiers apporta, ſur un grand baſſin d'ar-gent, ſix ſoutanes,& autant de manteaux de ſatin, dont le Roi fit préſentaux Mathématiciens. Il leur permit de ſe lever,& de ſe tenir debout enſa préſence. Il regarda dans la lunette après eux. Toutes faveurs, remar-que Tachard, qui doivent parottre fort ſingulières à ceux qui ſavent avecquel reſpect les Rois de Siam veulent qu'on approche d'eux(y).
SA MaAJEsTE apprenant enſuite que c'Stoit l'Auteur qui devoit retourner enFrance, lui demanda ſes conſeils& ſes bons offices pour les Ambaſſadeursqu'il y devoit envoyer par le même Vaiſſeau. II leur avoit ordonné, ajoũ-ta-t-il, de demander au Roi de France douze Mathématiciens Jéſuites. Enméeme-tems, le grand Chambellan préſenta au Pêre Tachard, ſur un grandbaſſin d'or, deux fort beaux Crucifix. Le Chriſt étoit d'or maſſif; la croixde Tambag, qui eſt un mélange de ſept parties d'or,& de trois autres par-ties d'un métal auſſi précieux que l'or même. Le pied étoit d'argent. SaMajeſté dit à F'Auteur que le plus grand ſeroit pour le Pêre de la Chaiſe,Confeſſeur du Roi, dont il connoiſſoit le mérite& la fidélité par le recit duSeigneur Conſtance; que le Pêre Confeſſeur ne pouvoit lui rendre un ſervi-ce plus agréable, que d'obtenir du Roi ſon Mattre douze Mathématiciens,& qu’'à leur arrivée, ils trouveroient à Louvo& à Siam, un Obſervatoire,une Maiſon& une Egliſe. Il-donna ordre en même-tems, au SeigneurConſtance, de choiſir avec les Pêres des emplacemens pour ces édifices&de les faire bàtir inceſſamment. Pour le ſecond Crucifix, il le donna de ſapropre main(z) au Pêre Tachard, pour li ſervir de fidéle Compagnondans ſon Voyage(a). Lui ayant ſouhaité un prompt retour, il ne ſe reti-ra qu'après avoir témoigné d'une maniére fort obligeante, la ſatisfactionqu'il avoit trouvée avec les ſix Jéſuites, dans un exercice qui avoit durédeux heures. II n'avoit eu prês de ſa perſonne que le Seigneur Conſtance,le grand Chambellan,& un Gentilhomme de ſa Chambre(9b).
UN
te, celle de Louvo eſt cent vingt-un, deux.Par les obſervations de l'Eclipſe de Lune,du 21 Février 1682, on avoit trouvé la lon-gitude de Siam de cent vingt-un degrés, cequi s'accorde parfaitement avec l'obſervationdu Père Tachard. II obſerve que c'eſt unechoſe étonnante, qu'il y ait des Cartes mo-dernes qui mettent la longitude de Siam àcent quarante- cing degrés; au-lieu que lagrande Carte de l'Obſervatoire, faite avanttoutes ces obſervations, la donne de cent
vingt-deux degrés, c'eſt-à dire, à un degréprés de ces obſfervations. Pag. 250.
(y) Pag. 246.
(3) Cette circonſtance eſt de trop. Onvient de lire que le grand Chambellan pré-ſenta au Pêre Tachard les deux Crucifix.K. d. E.
(a) Ce ſont les propres termes du Roi;ce qui eſt confirmé par une Lettre du Sei-gneur Conſtance, au Pêre de la Chaiſe.Pag. 254.
(5b) Pag. 248.
E 3
2₰
TAcHARDp,1685.
Queſtionsque le Roi deSiam fait auxMathémati-ciens.
Faveurs
dont il ho-nore l'Au-teur.