ROYAU ME DE SI A M, Lrv. II. 47
CE Monarque ne ſe retira qu'après m'avoir parlé prês d'une heure. La
ſalle de audience étoit&levée de douze ou quinze marches; peinte au de-dans de grandes fleurs d'or depuis le bas juſqu'au plafond, qui étoit de boi-ſages dorés. Le plancher étoit couvert de trés-beaux tapis. Au fond dela ſalle ſe préſentoient deux eſcaliers, qui conduiſoient dans une chambreoù étoit le Roi. Lentre-deux offroit une fenéêtre briſée, devant laquelleon avoit placé trois grands paraſols, qui s'levoient par étages, du bas dela ſfalle en haut. Ils étoient de toile d'or,& le bäton couvert d'une feuil-le d'or. L'un étoit au milieu de la fenétre, les deux autres aux deux cô-tés. C'eſt par cette fenetre qu'on découvroit le Trone du Roi,& que cePrince me donna audience(5).
LE fujet de l'Ambaſſade, la plüpart des féetes que le Roi de Siam donnaaux Frangois, les uſages du Pays, le caractere du Roi& de M. Conſtance(i), le départ& la navigation qui ramena heureuſement Ambaffadeur àBreſt, ſont autant d'articles que le Pêre Tachard a traités avec plus de ſoinque le Chevalier de Chaumont,& ſans doute avec plus d'intelligence queAbbé de Choiſy. Mais il paroit avoir ignoré quels furent les préſens quele Roi de Siam envoya par ſes propres Ambaſſadeurs, à la Cour de France;car Fattention avec Iaquelle il rapporte quelques libéralités particuliéres quece Prince fit à divers Officiers Frangois,& celle qu'il a de relever la beau-té de deux Crucifix qu'il regut de ſa main, l'un pour le Pêre de la Chaiſe
& P'autre pour lui-meme, ne laiſſent pas douter que s'il eũt connu la ma-
(5b) Le Chevalier de Chaumont traite ſamatiére avec la gravité d'un Ambaſſadeur&s'arréte peu aux circonſtances. L'Abbé deChoiſy y ſupplée ſouvent: il dit ici:„M.„ l'Ambaſſadeur, à la porte du Palais, eſt„ remonté dans ſa chaiſe& moi dans la„ mienne; les Gentilshommes ont ſuivi à„ cheval, tout le reſte à pied. II a fallu re-„ monter dans les Balons, pour aller au„ Palais de Son Excellence. On a remis pied„ à terre, au bout de la rue des Chinois;„ enſuite on a paſſé dans la rue des Mores.„ Ce ſont les deux plus belles rues de Siam.„ Les maiſons en ſont de pierre& ide bri-„ que. La Ville eſt aſſurément fort peuplée;„ mais ce n'eſt pas encore Paris. Nous ſom-„ mes enfin arrivés au Palais de Son Excel-„lence, au milieu d'une founle incroyable„ de Peuple. La Cour eſt grande& fort„ gaye. A droite eſt un grand lieu à co„ lomnes, qui eſt magnifique& galant. Le„haut eſt peint d'un jaune, qui paroit or.„ Les murailles ſont blanches, toutes pleines„ de niches ous il y a des porcelaines. Ce„ jaune, ce blanc& ce bleu ſe marient fort„bien enſemble. II y aura, dans deux jours,„ une fontaine jailliffante. On travaille nuit„& jour à un réſervoir qui fournira de l'eau.„ Voyez ſi ces gens là ouͤblient quelque„ choſe. A gauche eſt le corps de logis.
gnifi-
„ M. l'Ambaſſadeur y a une anti- chambre,„ une chambre, des garde-robbes, une„ galerie,& une fort beſſe terraſſe. La Cha-„pelle eſt grande"⁄. Pag. 257& ſuiv.
(i) L'’Abbé de Choiſy revient ſans ceſſeaux grandes qualités de ce Miniftre.„C'eſt„ un mattre homme, dit- i. M. l'Ambaſfſa-„ deur lui avouoit qu'il avoit été embarraſ-„ ſé à'audience, en voyant le trône du„ Roi ſi haut, parcequ'il avoit bien réſolu„ de ne pas baufſer le bras en donnant la„ Lettre,& quüiil auroit été au deſeſpoir de„ déplaire à Sa Majeſté. Et moi, lui a ré-„ pondu M. Conſtance, j'étois encore plus„ embarrafſé; vous n'aviez qu'un Roi à con-„ tenter,& j'en avois deux. II nous amon-„ tré, pendant laudience, le Beau- frêère„ du Roi de Camboye, proſterné comme„ les autres. Son Excellence, nous diſoit-„ il, a les pieds oùð les Frères de Roi ont„ la téte. II dit que le premier article des„inſtructions des Ambaſfadeurs que le Roi„ de Siam envoye en France, ſera de faire„ aveuglement tout ce qu’'on leur ordonne-„ ra, dans la penſée qu'on ne leur ordon-„ nera rien que de raiſonnable,& de glo-„ rieux pour leur Mattre. En un mot, c'eſt„ un drôle qui auroit de l'eſprit à Verſailles“.„ Pag. 259& 260.
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“ 8DE CnaAc-
On renvoyeles Lecteursau Pére Ta-chard, pourles artic
qu'il a traités
mé des pré-ſens du Roide Siam.