ROYAUME DE SIA M, Lrv. II. 59
„ voient fait cent ans auparavant, de quarante Miſſionnaires de leur Com-„ pagnie, qui alloient précher la foi Catholique au Breſil*. On y trouvales vents alifés, à la faveur deſquels toute'Eſcadre paſſa le Tropique duCancer le 22 de Mars.é L'Auteur, qu'on ne ſuit dans le cours de ſa naviga-tion que pour recueillir toutes ſes remarques, obſerve ici que ces ventsprennent toüjours de Eſt au Nord dans la partie ſeptentrionale,& aucontraire de'Eſt au Sud dans la partie méridionale; Phénoméne ſurprenant,& qui embarraſſe beaucoup les Naturaliſtes. Dans un ſi grand nombre deMathématiciens dont les lumiêres ne cherchoient qu'à s'exercer, la modeſtie& la charité n'empéchoient pas que les opinions ne fuſſent ſouvent parta-gées. Les uns jugeoient que les vents alifés n'étoient gueres que les ventsimpétueux de l'Oueſt& du Nord, qui renvoyés par les terres de 1'Europevers l'Queſt& le Sud, à meſure qu'ils approchent des climats un peu chauds,ſe raréfient& s affoibliſſent inſenſiblement; tandis qu'au contraire, dans lapartie méridionale, les vents d'OQueſt& de Sud, ſoufflant avec la même vio-lence contre les terres d'Afrique, en ſont repouſſés vers l'Queſt& le Nord,& que s'approchant des chaleurs de la Ligne, ils diminuent peu-à-peu,&ſe perdent tout-a-fait vers la Ligne meme. C'eſt par cette raiſon, di-ſoient-ils, qu'à cinq ou ſix degrés au-degà& au-delà, il n'y a preſque ja-mais de vent rêèglé,& qu’'on n'avance que par des tourbillons& des tem-pétes, qui ſe diſſipent auſſi promptement qu'ils s'éléevent. Les autres don-noient une explication fort différente: ils prétendoient que les ardentes cha-leurs de la Ligne attiroient ces vents des deux Poles, où les exhalaiſons&les vapeurs qui ſont la matiére des vents, étant plus fortes& plus fréquen-tes, en cauſent de plus violens& de plus durables,& que ces vents enſui-te, ou plutòõt ces exhalaiſons, ſont attirées vers la Zone,& affoiblies parFextréme chaleur().
Qvorev’Inr en ſoit, conclut l'Auteur, ces vents ſont extrémement a-gréables& commodes. La Mer eſt paiſible, lorſqu'ils ſoufflent;& les Vaiſ-ſeaux font quelquefois cinquante ou ſoixante lieues par jour, ſans le moindremouvement. On croiroit voyager dans un bateau, ſur une Rivière unie,& le vent ne parott ſervir qu'à tempérer l'air. En paſſant la Ligne, un desMathématiciens eut la curioſité de vérifier le degré de chaleur. II avoitun Thermometre ouvert par le bas, qu'il avoit mis à Breſt ſur le ſoixantiémedegré pour le temperé,& qui étoit au ſoixante& dixieme lorſqu'on s'toitembarqué. II baifſa, dans les chaleurs de la Ligne, juſqu'au dix-ſeptième:ce qui fera connoitre de combien la chaleur de la Ligne excêde la plus gran-de de France(5).
LEs Mathémariciens remarquérent avec une nouvelle exactitude, lesConſtellations du Sud(i).
LE(&) Pag. 22. velle Carte, plus exacte qu'on n'en avolt(5) Pag. 25. jamais eu, rapporte ce qui ſe paſſa dans cet-
(1) L'Auteur, aprés avoir regretté que te occaſion. Le Père Comilh prit, avec la
les Pêres, qui étoient paſſés à la Chine,̃'euſſent pas laiſſé leurs obſervations& leurCarte, qui auroient ſervi à faire une nou.
H
machine parallactique, la déclinaiſon& l'aſ-cenſion droite de pluſieurs Etoiles vers lePole de Sud. Comme toutes ces Etoiles ſont2 trées-
2
TAcHARp.II. Voyage.1687.Diverſes ex-plications desvents aliſés.
Remarquesaſtronomi-ques des Jé-ſuites.