TAcHARp.II. Voyage.1687.
L'Auteureſt détachépour précé-
der l'Eſcadre.
Il deſcenddans la Cha-loupe à Pulo-Timon.
Ce qu'il yvoit.
I' eſt rappel-1E ſans avoirpü prendredes rafrai-chiſſemens.
Arrivée deLPEſcadre.
66 VOYAGES DANSALE
Or a déjà remarqué, au premier Voyage de l'Auteur, que la naviga-tion de Batavia à Siam eſt également dangereuſe& pénible. On trouveen divers endroits de ces Mers, tant d'Ifles, de Rochers& de Bas-fonds,qu'on n'y peut voguer qu'à petites voiles,& toũjours la ſonde à la main;ſur-tout dans le Détroit de Banca, formé par une Ifle de ce nom qu'onlaiſſe à la droite,& par celle de Sumatra qu'on laiſſe à gauche. Le 15,après avoir paſſé ce facheux Détroit, on prit le parti de détacher 1'Oiſeau,avec ordre de ſe rendre en diligence à Siam,& de faire préparer des loge-mens pour les Malades. L'Auteur paſſa ſur ce Vaiſſeau, pour aller diſ-poſer tout ce qui étoit néceſſaire à la réception des autres Batimens, dansun lieu où ſon retour étoit attendu.
AvssI-TOr qu'il fut embarqué, du Queſne forga de voiles, pour fairediligence. Mais le vent étoit fi foible, qu'il n'arriva que pluſieurs joursaprès, à la vue de Pulo-Timon, une des Iſles Malayes. Du Queſne appré-hendant de manquer d'eau, réſolut d'envoyer la Chaloupe pour en fairequelques tonneaux. IIl n'y avoit perſonne à bord qui connêt le mouillage.L'Auteur entra dans la Chaloupe, avec Iivas Enſeigne du Vaiſſeau, qui lacommandoit. IIs côtoyerent long-tems les rivages de l'Ifle. Enfin ilstrouvéèrent une petite rivière fort claire, qui ſe perdoit dans la Mer. Etantdeſcendus en cet endroit, ils découvrirent quelques cabanes à demi ruinées,des terres incultes aux environs, des bois fort épais,& quelques bananiersdiſperſés. Deux Inſulaires, qui virent venir les François droit à eux, ſejettérent dans un canot,& savancérent en côtoyant le rivage, vers uneaſſez grande anſe, que 1'Auteur prit pour le véritable mouillage. En effet,les deux Malais, qui avoient fui d'abord de toutes leurs forces, voyant qu'onne les pourſuivoit pas& qu'on les appelloit même du rivage, revinrent à laChaloupe,& firent entendre qu'il falloit aller plus loin au Nord pour trou-ver lhabitation des Malayes, où ils ajoütèrent qu'un Vaiſſeau Hollandoisétoit actuellement à ancre. On leur fit ſigne d'aller devant,& qu'on é-toit diſpoſé à les ſuivre. Un petit couteau qu'on leur offrit,& dont ilsparurent faire beaucoup de cas, acheva de les déterminer. A peine laChaloupe eüt-elle fait un quart de lieue à leur ſuite, que du Queſne, fächéde perdre le vent, qui étoit favorable, lui donna le fignal d'un coup decanon pour la rappeller à bord. L Auteur voyoit déjaà le Navire Hollan-dois dans la rade& quelques maiſons des plus expoſées. Cependant il fal-lut obéir,& renoncer à Peſpérance de trouver des rafraichiſſemens, dont lebeſoin commengoit à ſe faire ſentir vivement ſur le Vaiſſeau.
VaAUvDRIcovRT fut plus heureux dans la méême Ifle. Les Officiers qu'il yenvoya, dans les Chaloupes, affurérent Tachard que l'eau étoit excellen-te,& trẽs facile à faire. IIl ajoũte qu'en ayant gouté lui-méme, il m'en a-voit jamais bu de meilleure ni de plus belle,& que Vaudricourt en con-ſerva juſqu' à Breſt, ouù elle ſe trouva auſſi bonne que celle de nos meilleuresfontaines. Mais les vivres étoient alors d'une cherté extraordinaire à Pulo-Timon, quoiqu'ils y ſoyent ordinairement en abondance(a).
LE 21 de Septembrée, les gens de l'Oi;ſzau reconnurent la pointe de Pa-
tane,(a) Pag. I119.