Band 
Tome douzième.
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68
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FonrENAr.1686.

Poiſſonnommé Ba-

grebte.

Le Vaiſſeaudes JéſuitesSchoue.

Danger au-quel ils ſontexpoſés.

68 VOYAGESDANSL E

de Juin& de juillet, non-ſeulement à Siam, mais aufſi dans toutes cesMers, depuis Batavia& Malaca juſqu'au Japon, ſont les vents d'Oueſt&Sud-Oueſt, avec leſquels on va fort bien vers la Chine dans cette ſaiſon:mais il eſt difficile d'aller aux Penchos avec les mêmes vents. IIl faut con-tinuellement louvoyer,& Yon n'y employe guéeres moins de quinze jours;à moins que les ſaumatres, c'eſt-à-dire, les vents dorage ne précipitent lacourſe du Vaiſſeau. Cette route fut extrémement ennuyeuſe pour les Ma-thématiciens, qui n'eurent pas d'autre amuſement que la pêéche d'un poiſ-ſon, nommé Bagre, dont cette Mer eſt remplie. Ine reſſemble pas malà nos rougets, mais il eſt un peu plus grand. On en prenoit inceſſammentavec la ligne;& quand il étoit pris, il jettoit un cri qui ne pouvoit ve-nir que de Pair exprimé par ſes ouyes; car l'Auteur ne lui trouva pas depoulmon(c).

AFRks avoir fait vingt-quatre lieues juſqu'au 14, en luttant contre laviolence des vents& des flots,'ennui ne tarda point à ſe changer en crain-te, dans le preſſant danger où la force des vagues mit le Vaiſſeau. Le Ca-pitaine, qui étoit un homme ſage, n'eſpérant pas de réſiſter aux coups demer, entre quantité d'écueils, fit tourner le cap à la terre. II ſe jetta heu-reuſement entre une Iſle& une Pointe nommée Cx-ſömet, ouù il mouilla furtrois braſſes& demie, dans un endroic qui rompoit un peu la marée. Maisle vent, qui dura toute la nuit, rompit le cable ſur les deux heures du ma-tin. A la pointe du jour, lorſqu'on crut pouvoir lever ancre, pour a-vancer un peu ſous'Iſle voiſine, le Vaiſſeau échoua, dans ce mouvement,ſur un fond de ſable, ſans ceſſer de recevoir de grandes ſecouſſes. La Cha-loupe, qu'on auroit dü mettre d'abord en mer pour ſonder les chemins, yfut miſe alors: elle alla ſe faiſir d'un Mirou, nom d'une barque Siamoiſe,qu'on voyoit à Pabri ſous'Ifle,& qu'on amena par force, pour ſoulagerle Vaiſſeau. IIl ſe remit un peu;& le Pilote ayant fait mettre la voile dubeaupré, acheva de le tirer, mais d'une maniere qui l'ébranloit beaucoup,& qui faiſoit craindre aux Mathématiciens qu'il ne s'ouvrit en deux. Is ſemirent dans le Mirou, avec Peſpérance de gagner la terre. Vaine reſſour-ce. Le vent les repouſfoit du rivage. IIs fürent obligés de mouiller leſoir à la moitié du chemin,& de paſſer dans cet état une nuit tres-pénible.Le matin, ils ſe trouvéèrent à plus d'une lieue& demie du Vaiſſeau, ſanspouvoir y retourner, parceque le vent en venoit. Cependant, ils man-quoient de vivres: leur nombre étoit de huit perſonnes; quatre Jéſuites,avec leur valet; un Matelot du bord, qui leur ſervoit d-Interpréte,& deuxPortugais de Macao, qui ayant perdu leur Vaiſſeau rannée précédente, a-voient pris cette occaſion pour retourner à la Chine. Le Patron du Mirou,qui étoit Chinois, ne connoiſfoit point de Riviere voiſine, ni d'autre re-traite que P'Ifle, dont il n'étoit plus le mattre de ſe rapprocher. Dans unſi cruel embarras, P'Interpréte aſſura les. Mathématiciens, que douze à quin-ze lieues plus bas il y avoit une Ville nommée Chantaboun, Capitale d'uneProvince dont le Gouverneur avoit des Galères armées de vingt-cinq hom-mes, avec leſquelles on pouvoit arriver en peu de jours à la Barre de Siam,

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(c) Pag. 133.