Etonnementd'un Gouver-neur Siamoisà la vũe d'unemontre.
Promeſſesqu'il exécutemal.
FächeuxVoyage.
Il eſt rap-orté danses termes de
1'Auteur.
70 VOXAGES DANS LE
ſerent toute la nuit à chanter, pour un Mort qui devoit être brlé deuzjours après(†).
LE Gouverneur s'étant fait expliquer pendant la nuit, comment ilsavoient été traités à la Cour de Siam, parut plus diſpoſé le lendemain à lesobliger. Un accident contribua beaucoup à le confirmer dans ces ſenti-mens;: le Pêre Gerbillon tira de ſa poche une montre à réveil, pour voirquelle heure il étoit. Ce ſpectacle frappa la curioſité du Gouverneur, quin'avoit jamais rien vü d'approchant: on lui expliqua l'uſage d'un inſtru-ment ſi merveilleux. II prit plaiſir à le faire ſonner pluſieurs fois. Lesdeux Jéſuites augmenterent ſa joye, en lui promettant une montre ſembla-ble à celle qu'il admiroit, s'il les faiſoit arriver à la Barre dans ſix jours. IIs'engagea du moins à les rendre dans trois jours ſur leur Valſſeau, ou ilsprendroient eux-mêmes leurs meſures pour arriver à la Barre. Dans laconfiance qu'ils eurent à ſa parole, ils partirent ſur le champ, pour allerprendre les deux autres Pêres& les deux Portugais qu'ils avoient laiſfés àla Barre. L Auteur avoue néanmoins qu'en quittant le Mirou, il ſen-toit au fond du cœur une triſteſſe ſecréte, qui ſembloit P'avertir qu'il yavoit de l'imprudence à ſe fier aux promeſſes d'un Mahométan& d'unMalai(). Mais forcé par la nécefſité, il retourna le ſoir à la Ville avecſes Compagnons.
LE Gouverneur les fit entrer dans ſon Palais, qui étoit bâti de ſimplesbambous, ſfans aucun ornement. Il leur accorda un Balon& cinq Ra-meurs, qui devoient les conduire au Vaiſſeau. II les aſſura qu'il y ſeroitplutôt qu'eux, pour examiner l'état de ce Bàtiment, au fort duquel il té-moignoit prendre beaucoup d'intéret, depuis qu'il avoit appris que le Sei-gneur Conſtance y avoit quelques marchandiſes. II leur fit donner des vi-vres pour ſix jours. Enfin, il leur recommanda de ne pas mal-traiter leursRameurs, s'ils ne vouloient s'expoſer à leur voir prendre la fuite; commeil Sétoit arrivé dans le même cas à quelques Portugais.
ArRks Javoir remercié de ſes foins,& lui avoir promis d'en rendre té-moignage à M. Conſtance, les Jéſuites ſortirent de Chantaboun pour com-mencer leur Voyage. L. Auteur avertiſſant ici(Lb) qu'il a des circonſtan-ces intéreſſantes à raconter,& le principal agrémênt d'un Journal de Vo-yage conſiſtant en effet dans ces détails, ſur-tout lorſqu'ils peuvent ſervir àTinſtruction, c'eſt preſque dans ſes propres termes qu'on va préſenter cettepartie de ſon récit.
„ PREMIEREMENT, depuis la Maiſon du Gouverneur juſqu'à la Rivie-„ re, nous fümes obligés de marcher nuds pieds, Feſpace d'une demie-„heure, parceque la pluye, qui etoit tombée la nuit en abondance, avoit„ Couvert les chemins de boue. En ſecond lieu, lorſque nous fümes arri-„, vés à nôtre Balon, nos Rameurs ſe trouvèrent yvres. IIs n'avancérent.„ Prefque point le reſte du jour;& vers ſix heures du ſoir, aprés avoir„ fait ſeulement trois ou quatre lieues, ils nous mirent à terre dans un lieu„défriché, fous prétexte d'avoir beſoin de cuire leur riz. On y voyoit„ Pluſieurs buffles, qui paiſſoient tranquillement,& quelques e.
Koi-
(F) Pag. 142.(&) Pag. 143.(⁵) Pag. 144.