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ROYAUME DE SIAM, Lrv. II. 71
Eloignées d'un quart de lieue. Les Rameurs firent encore deux lieues;apréès quoi, ſoit qu'ils fuſſent las du travail, ou que le danger fut auſſireel qu'ils ſe le figuroient, ils nous avertirent qu'on alloit entrer dans unendroit de la Riviere où elle m'étoit qu'un ruiſſeau de dix ou douze piedsde largeur,& preſque ſans eau, dans lequel on ne pouvoit s'engagerpendant la nuit ſans être expoſés à Tattaque des tigres. Nous paſfàmesdonc toute la nuit aſſis,& preſſés comme nous étions dans nôtre Balon,o0ù la petiteſſe du lieu, la chaleur,& une nuge de ces moucherons, qu'onappelle Couſins en France& Moſquites aux Indes, nous empéchèrent defermer I'œil.„ LE 21 au matin, nous paſſàmes en effet par un canal fort étroit;&vers le commencement de la nuit, aprés avoir long-tems tourné dans lesbois, nous arrivàmes à l'embouchure d'une Riviere. La plüpart de nous,fatigués du Balon, aiméèrent mieux paſſer la nuit à terre, ſur le ſable.Nos Rameurs faiſoient de tems en tems des feux, pour éloigner les ti-gres. Ils nous dirent le lendemain qu'il falloit entrer dans la Mer avecnôtre Balon,& côtoyer la terre pendant tout le jour, pour trouver uneautre Rivière qui nous meneroit à nêôtre route. Comme le vent étoittoũjours le même, la Mer extrémement groſſe,& nòôtre Balon ſi foiblequ'un ſeul de nous ne pouvoit s'y remuer, ni changer de còôté ſans l'ex-poſer à tourner; nous leur repréſentàmes le danger de leur propoſition.Ils le voyoient clairement eux-mêmes;& la réſolution qu'ils prirent futde nous mener par une autre route, en nous faiſant croire que deux outrois journées nous rendroient à nêtre Vaiſſeau, quoique nous en fuſ-ſions éloignés de douze. Le ſoir, nous arrivàmes à un Village nomméLamparie, qui eſt au milieu des bois. Il y a quantité de ces habitationsſauvages dans le Royaume;& les Siamois s'y retirent des Villes& dela campagne, aimant mieux défricher un peu de terre& la cultiver enliberté parmi les bêtes féroces, dans'épaiſſeur des bois, que de vivreproche des Villes dans un eſclavage continuel& mal-traités de leurs mas-tres. Ce n'eſt pas que dans la pfüpart de ces lieux ils n'obéiſſent auxGouverneurs voiſins; mais la crainte qu'on a qu’ils ne s'éloignent enco-re davantage, fait qu'on les traite avec plus de modération(i).„Novs pafſàmes la nuit dans ce Village;& nos Conducteurs, qui s'ytrouvoient bien, avoient deſſein de s'y arrêter le lendemain; lorſque lesOfficiers du Gouverneur arrivérent heureuſement,& nous apprirent qu'ilalloit lui-même au Vaiſſeau, pour en faire ſon rapport à la Cour. Quoi-que nos Guides fuſſent déjà yvres, cette nouvelle fit plus d'imprellionſur eux que nos exhortations. IIs prirent nos hardes ſur le dos,& ſemirent en marche vers un autre Village, éloigné de quatre lieues. Nousles ſuivimes à pied, le bàton à la main. II falloit marcher par les bois,ouù les occaſions de ſouffrir ne nous manquerent pas. Mais nous appri-mes en méême-tems que ce n'eſt pas une choſe bien difficile d'aller pieds-
uds parmi les cailloux, quand on ſe propoſe la gloire de Dieu dans ce-genre de vie().
„ Nouss
(1) Pag. 148.(+) Lbidem.
FoxTrENAV.
1686.
Les Jéſuitesſont menacésdes tigres.
Ils refuſentd'aller enMer avec leurBalon.
Pourquoiles Villagesſont au mi-lieu des bois.