FoNxTrENAV.1 686.Village de
Samhay.
Sacrificesildolätres.
Les four-mis Siamoiſesfont leursnids ſur desarbres.
Le Gou-verneur ſetrouve à larencontre desJéſuites.
Danger au-quel ils ſontexpoſés.
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VOXAGES DANS L. E
„ Novs arrivâmes dans ce Village, qui ſe nomme Sambay, à une heu-re après midi. On nous mena dans une eſpêèce de Pagode, où nousétions du moins à couvert de la pluye. Nous jugeâmes qu'on faiſoit ence lieu des ſacrifices au Diable; car il s'y trouvoit de petites bougies àdemi brülées, des figures d'éléphans, de tigres, de rhinoceros,& deces poiſſons de Mer, qui s'appellent Eſpadons. Nous renverſàmes lesbougies& toutes ces figures, pour rendre nos adorations au vrai Dieuſur les ruines d'un culte oppoſé au ſien.„ LE chemin que nous avions fait le matin nous fit demeurer le reſte dujour à Samhay, pour nous délaſſer un peu. Nous remarquâmes, autourde ce Village, quantité de perdrix, qui voloient en troupes. Nousavions vü dans les foréts une infinité de paons& de ſinges. Les four-mis, qui font en Europe leurs petits magaſins ſous terre,& qui s'y re-tirent en hyver, ont ici leur retraite& leurs proviſions au ſommet desarbres, pour ſe garantir des inondations qui couvrent la terre pendantcinq ou fix mois de l'année. Nous vimes leurs nids, bien fermés& ma-gonnés contre la pluye, qui pendoient de l'extrémité des branches. C'eſtà quoi ſe bornèrent nos remarques, dans un Pays qui n'offre que d'af-freuſes ſolitudes,& dans un tems où nous n'étions pas fort diſpoſés àfaire des obſervations philoſophiques(!).„ Novs partimes de Samhay le jour ſuivant, dans un Balon plus grand& plus commode que le premier,& nous allàmes juſqu'à la Mer. LeGouverneur y étant arrivé preſqu'auſſi-tot, nous lui fimes connoitre quenous étions mécontens de nos Rameurs, qui n'avangoient point,& quis'enyvroient continuellement. Je croyois qu'il les alloit battre,& danscette idée je me préparois à demander grace pour eux: mais il me ré-pondit gravement, qu'en ſa préſence ils ne s'enyvroient point,& ques'ils le faiſoient hors de-là ce n'étoit pas ſa faute. IIl parla de nòôtre che-min, qui étoit, nous dit-il, de nous mettre ſur Mer, comme on nousravoit propoſé deux jours auparavant. Notre Balon étoit un peu meil-leur;& nous avions l'exemple d'un petit Balon qui venoit d'arriver, parla même route. Mais on n'ajoũtoit pas que les Siamois s'expoſent aiſé-ment à ces Voyages,& que leur Balon venant à ſe remplir d'eau, ilsen ſont quittes pour le vuider à force de bras ou pour ſe ſauver ſur laCôte. En effet, nous n'eümes pas avancé deux cens pas dans la Mer,que les flots s'étant élevés furieuſement, penſèrent engloutir nõtre Balon;& nous nous crümes trop heureux de pouvoir retourner au rivage. Jedis au Gouverneur, qui avoit été témoin de nôtre danger, que je le re-merciois très-humblement des peines qu'il prenoit pour nous renvoyer ànôtre Vaiſfeau; mais que s'il n'avoit pas d'autre moyen à nous offrir, jepréferois de demeurer à Samhay, en attendant des nouvelles du- SeigneurConſtance, à qui j'allois écrire. Il me répondit qu'il étoit en mon pou-voir d'écrire contre lui, quoique je lui düſſe la juſtice de reconnoitrequ'il s'éétoit mis en marche pour nous obliger. Je F'aſſfurai que nous n'eé-Uons pas venus aux Indes pour nuire à perſonne; beaucoup moins 4 un„ hom-
(1) Pag. 150& ſuiv.