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Tome douzième.
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RONYAUME DE SIA M, Lrv. II. 81

encore, le Miniſtre jugea à propos de paſſer oqutre& d'aller à Louvo. A-pres avoir fait au Roi un récit fort circonſtancié de tout ce qui s'ctoit paſſédans la négociation, Sa Majeſté lui demanda en plein Conſeil, ſi les En-voyés de France n'avoient pas été bien furpris de trouver tant de facilité àexécuter les commiſſions dont ils étoient chargés; ajoũtant,„ qu'elle étoit„ füre, que ſa conduite à l'égard de la France devoit parottre fort extraor-„ dinaire à des Miniſtres Européens 9. Les Envoyés fuivirent peu dejours aprées. Mais ayant été obligés de s'arrêter à trois lieues de Siam,dans la Tabanque, pour y attendre le jour de leur audience,] le SeigneurConſtance prit la réſolution de les y aſler voir incognito. Comme il partitle ſoir, il étoit plus de neuf heures lorfqu'il entra dans la Tabanque. IIs'Stoit fait accompagner de l'Auteur& de quelques Officiers François. Endeſcendant ſur la rive, Tachard ſe haâta d'aller avertir les Envoyés, que leMiniſtre de Siam n'avoit pü réſiſter à l'empreſſement de les voir cette nuit.Ils étoient prêts à ſe coucher: mais ayant repris auſſi-tòt leurs habits, ilssavancèͤrent pour le recevoir. Dans cette entrevue, qui fut d'environ deuxheures, on ne parla que de choſes indifférentes,& la ſéparation ſe fit avecde grands témoignages d'eſtime& d'amitié mutuelle.

Ex arrivant à Siam, ou le Miniſtre étoit retourné, les Envoyés marquè-rent la méême ardeur pour le voir. IIls ſoupèrent avec lui,& cette fami-liarité ne lui cauſa point d'embarras, quoiqu'il s'y attendit peu. Sa tableétant ſoir& matin de trente ou quarante couverts, on la ſervit ſans y rienaugmenter. Cependant la bonne chêre qu'on y faiſoit,& ſur-tout'abon-dance& la variété des vins qui s'y büvoient comme en Europe, ſurpritextrémement les Envoyés. M. Ceberet avoit el peine à croire ceux quilui racontoient que le Seigneur Conſtance dépenſoit, chaque année, plusde dix ou douze mille écus en vin. Mais aprés s'être inſtruit par ſes yeux,dans le ſéjour qu'il fit à Siam, il avoua plus d une fois à l'Auteur, qu'il neFen croyoit pas quitte pour quatorze mille(m). Ce n'étoit pas ſeulementpar la dépenſe de ſa table, qu'il vivoit avec beaucoup de nobleſſe. Le Roilui ayant permis d'entretenir des Gardes, pour la fureté de ſa perſonne, ilprit vingt-quatre Européens, qui veilloient ſans ceſſe à ſa confervation,&qui Taccompagnoient dans tous ſes voyages.

QuEreurs jours aprés, les Envoyés regurent[à la Tabanque,] Ia viſite detoutes les Nations Orientales qui étoient à Siam, dont les principaux vin-rent les complimenter l'un après l'autre. M. M. les Evéques de Metellopolis& de Rofalie sy rendirent auſſi avec leurs Miffionnaires. Enfuite ils yenvoyérent les Ecoliers de leur Collége, qui les haranguerent en diver-ſes Langues. Leur nombre s'étoit augmenté, depuis que le Seigneur Con-ſtance avoit pris le deſſein de fonder un revenu fixe pour leur entretien.Il donnoit annuellement quinze cens eécus au Collège, outre les habits qu'ilfourniſſoit aux Ecoliers,& des ornemens pour †'Egliſe(n).

LE Roi de Siam avoit quitté Louvo avec peine, dans la meilleure ſaiſonde la chaſſe,& m'étoit deſcendu à Siam que pour donner audience aux En-

voyés.

(m) Pag. 194.(n) Pag. 195.XII. Part. 1.

TAcRARD.II. Voyage.1687.

Le Miniſtreles viſite in-cognito.

avec Iui.cence

Complimensfaits aux Envoyés.

Leur pre-miére audien-ce.