TAcHARDP.II. Voyage.
160687.
Audiencedes Officiersmilitaires.
Réponſe duGénéralFrangois.
Repas donnéaux Envoyés.
IIs ſe ren-dent à Louvo.
82 VOYXAGES DANS L E
voyés. IIs y regurent les memes honneurs qu'on avoit faits au Chevalier deChaumont, avec cette ſeule différence que M. de la Loubere, qui portoitla parole, parla toũjours découvert. Le Roi voulut que'Auteur accom-pagnaàt les Envoyés,& qu'il entrat immédiatement aprés eux dans la ſalled'audience. Apres la cérémonie, ce Prince ſe rendit dans un autre endroitdu Palais, où il devoit recevoir des Farges& les Officiers Frangois. Ta-chard regut ordre de s'y trouver auffi. Le Roi parut à la porte d'un pont-levis, qu'on avoit baiffé. II étoit aſſis dans un fauteuil couvert de lamesd'or,& porté ſur les épaules de huit Mandarins. Dans cet état, il s'avan-ga fur le pont, avec douze Gardes, armés de lances& richement vétus,dont les quatre premiers, qui étoient entre lui& les Frangois, tournoientle viſage vers luil; apparemment pour être plus en état de recevoir& d'exé-cuter fes ordres au moindre ſigne. Auffi-têt qu'il eut appergu des Farges,qui lui fit de loin une très-profonde révérence, avec tous les Officiers quiPaccompagnoient, gens choiſis, remarque l' Auteur, bien faits& mis fortproprement; il lui fit dire de s'approcher, parce qu'il vouloit avoir la ſa-tisfaction de voir les Frangois de près. Des Farges répondit à honnétetéde ce Prince, avec beaucoup de préſence d'eſprit;„qu'il remercioit très-„ humblement Sa Majeſté en ſon propre nom,& au nom de tous ſes Offi-„ ciers, de'honneur qu'elle leur faiſoit: qu'il oſoit Taſſurer qu'il n'y en a-„ voit pas un qui ne s'efforgat, auſſi-bien que lui, de mériter par ſes ſer-„ vices& au péril méeme de ſa vie, une faveur ſi particuliere*. Sa bon-ne mine, ſon air ouvert& ſes manieres naturelles plurent beaucoup au Roide Siam(c).
Auvssrrör que ce Prince ſe fut retiré, on ſervit, dans un petit bois,ſur le bord des foffés de la dernieère enceinte du Palais. Les arbres, quicompoſoient une eſpêce de cabinet, étoient fort hauts& d’'une belle ver-dure. Quoiqu'ils fuſſent trés-épais, on ne laiſſa pas de tendre, d'un côtéà lautre, des toiles élevées, pour empécher Pincommodité du Soleil. Ce-beret, s'Etant trouvé atteint d'une facheuſe colique, fut obligé de ſe reti-rer avant la fin du repas. Ainſi la Loubere regut ſeul les honneurs qu'on luirendit en ſortant du Palais. Les Mandarins accompagnèrent, avec leursBalons d'Etat, juſqu'à l'entrée de la Ville, ouù il trouva un éléphant riche-ment orné, qui le porta, ſuivi d'une grande foule de Mandarins, aufſimontés ſur des éléphans, juſqu'à HòOtel qu'on avoit préparé pour ſa de-meure(p). 1
LàA chaſſe ayant rappellé le Roi à Louvo, les Envoyés partirent quelque-tems apres pour cette Ville. Le Seigneur Conſtance, dont Pattention s'é-tendoit à tout, voulut les prévenir de quelques jours, pour donner ſes or-dres. II leur fit préparer une très-belle maiſon, qu'il avoit fait btir de-puis deux ans. Elle étoit ſuperbement meublée,& ſi ſpacieuſe, qu'ellepouvoit contenir plus de trente Officiers dans des appartemens fort com-modes,& quarante ou cinquante valets. Des Farges, que le Roi vouloitretenir plus long-tems à la Cour, eut une maiſon ſeparée. Ce Géneral s'-toit propoſé de tenir table ouverte, mais le Seigneur Conſtance le fit 8*
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