OcocvMCHAMNAM.
1686.
Occum ar-rive au rivageſur une plan-che.
Il a le cou-rage de re-tourner auVaiſſeau.
Proviſionsqu’'il en ap-Porte.
Ingratituded'un Portu-gais.
Nombre deceux qui 8'6-goient fauvés.
100 VOYVAGESDANS L E
mai de réſolution. Pavois deux habits aſſez propres, que je vétis l'un ſurautre;& m'étant mis ſur quelques planches liées enſemble, je m'efforgaide gagner à la nage le bord de la Mer. Nötre ſecond Ambaſſadeur, le plusrobuſte& le plus habile des trois à nager, étoit déjà dans l'eau. IIs'Stoitchargé de la lettre du Roi, qu'il portoit attachée à la poignée d'un ſabredont Sa Majeſté lui avoit fait préſent. Ainſi nous arrivmes tous deux àterre, preſqu'en même-tems. Pluſieurs Portugais s'y étoient déjà rendus:mais ils m'avoient fait que changer de péril. Si ceux qui étoient encoredans le Vaiſſeau pouvoient être noyés, il n'y avoit pas plus de reſſource àterre contre la faim. Nous étions ſans eau, ſans vin& ſans biſcuit. Lefroid d'ailleurs étoit très-picquant;& j'y étois d'autant plus ſenſible, que laNature ne m'y avoit point accoutumé. je compris qu'il me ſeroit impoſſi-ble d'y réſiſter long-tems. Cette idée me fit prendre la réſolution de re-tourner le lendemain au Vaiſſeau, pour y prendre des habits plus épais queles miens,& des rafratchiſſemens. Les Portugais, de quelque rang, a-voient été logés ſur le premier pont;& je m'imaginai que je trouveroisdans leurs cabanes des choſes précieuſes, ſur-tout de bonnes proviſions,qui étoient le plus néceſſaire de nos beſoins. Je me remis ſur une eſpèce declaye,& je nageai heureuſement juſqu'au Vaiſſeau(d).
IL ne me fut pas difficile d'y aborder, parce qu'il paroiſſoit encore au-deſſus de'eau. Je m'étois flatté d'y trouver de l'or, des pierreries, ouquelque meuble précieux, qui n e0t pas été difficile à porter. Mais en ar-rivant, je vis toutes les chambres remplies d'eau,& je ne pus emporterque quelques pièces d'étoffe d'or, avec une petite cave de ſix flacons devin& un peu de biſcuit, que je trouvai dans la cabane d'un Pilote; jatta-chai ce petit butin ſur la claye;& le pouſſant devant moi, avec beaucoupde peine& de danger, j'arrivai une ſeconde fois au rivage, quoique bienplus fatigué que la premiere.
P' rencontrai quelques Siamois, qui s'étoient ſauvés nuds. La compaſ-ſion que je reſſentis de leur miſère, enles voyant trembler de froid, m'obli-gea de leur faire part des étoffes que javois apportées du Vaiſſeau. Maiscraignant que ſi je leur confiois la cave, elle ne duràt pas long-tems entreleurs mains, je la donnai à un Portugais, qui m'avoit toũjours marqué beau-coup d'amitié; à condition néanmoins que nous en partagerions l'uſage.Dans cette occaſion, je reconnus combien l'amitié eſt foible contre la né-ceſſit. Cet Ami me donna, chaque jour, un demi verre de vin à boire,pendant les deux ou trois premières journées; dans eſpérance de trouverune ſource ou un ruiſſeau. Mais lorſqu'on ſe vit preſſé de la ſoif& qu'oncraignit de ne pas découvrir d'eau douce pour ſe déſaltérer, en vain leprefſai-je de me communiquer un ſecours qu'il tenoit de moi. Il me répon-dit qu'il ne'accorderoit pas à ſon Pêre. Le biſcuit ne put nous ſervir,parceque eau de Mer, dont il avoit été trempé, lui donnoit une amertu-me inſupportable(e).
AussI-TrO que tout le monde ſe fut rendu à terre, ou du moins queperſonne ne parut plus fortir du Vaiſſecau, on compta le nombre de cenx
quis
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(d) Pag. 286,(e) Pag. 288.