RONYAUME DE SIA M, I. rv. II. 101
qui s'étoient ſauvés,& nous nous trouvàmes environ deux cens perſonnes;d'où l'on conclut qu’'il ne s'en étoit noyé que ſept ou huit, pour avoir eutrop d'empreſſement à ſe fauver. Quelques Portugais avoient eu la précau-tion d'emporter des fuſils& de la poudre, pour ſe défendre des Caffres,&pour tuer du gibier dans les bois. Ces armes nous furent auſſi fort utiles àfaire du feu, non-ſeulement pendant toute la durée de nêtre Voyage juſ-qu'aux habitations Hollandoiſes, mais ſur-tout les deux premiéères nuitsque nous paſſames ſur le rivage, tout déẽgoutans de eau de la Mer. Lefroid fut ſi rigoureux, que ſi'on m'eüt allumé du feu pour faire ſécher noshabits, peut-être aurions-nous trouvé tous, dans une prompte mort, le re-meéede de nos peines.
LE ſecond jour apréès nêôtre naufrage, nous nous mimes en chemin. LeCapitaine& les Pilotes nous diſoient que nous n'étions pas à plus de vingtlieues du Cap de Bonne-Eſpérance, où les Hollandois avoient une fort nom-breuſe habitation,& que nous n'avions beſoin que d'un jour ou deux poury arriver. Cette aſſurance porta la plùpart de ceux qui avoient apportéquelques vivres du Vaiſſeau, à les abandonner, dans l'eſpoir qu'avec ce far-deau de moins, ils marcheroient plus vite& facilement. Nous entràmesainſi dans les bois, ou plutôt dans les broſſailles; car nous vimes peu degrands arbres, dans tout le cours de notre Voyage. On marcha tout lejour;&'on ne s arréta que deux fois, pour prendre un peu de repos.Comme on n'avoit preſque rien apporté pour boire& pour manger, oncommenga bien-tòt à reſſentir les premiéres atteintes de la faim& de la ſoif;ſur-tout après avoir marché avec beaucoup de diligence à l'ardeur du So-leil, dans eſpérance d'arriver le méme jour chez les Hollandois. Sur lesquatre heures aprês-midi, nous trouvaàmes une grande mare d'eau, qui ſer-vit beaucoup à nous ſoulager. Chacun y but à loiſir. Les Portugais furentd'avis de paſſer le reſte du jour& la nuit ſuivante ſur le bord de cet étang.On fit du feu. Ceux qui purent trouver dans l'eau quelques cancres, les fi-rent rêôtir& les mangèrent. D'autres, en plus grand nombre, après avoirbü une ſeconde fois, prirent le parti de ſe livrer au ſommeil; bien plus ab-batus par la fatigue d'une ſi longue marche, que par la faim qui les tourmen-toit depuis deux jours qu'ils avoient paſſés à jeun(†).
LE lendemain, après avoir büú par précaution pour la ſoif future, on par-tit de grand matin. Les Portugais prirent les devants, parceque nôtre pre-mier Ambaſſadeur étant d'une foibleſſe& d'une langueur qui ne lui permet-toient pas de faire beaucoup de diligence, nous fumes obligés de nous arrè-ter avec lui. Mais comme il ne falloit pas perdre les Portugais de vüe,nous primes le parti de nous diviſer en trois troupes. La premiere ſuivoittoũjours de vüe les derniers Portugais;& les deux autres, marchant dansla meme diſtance, prenoient garde aux ſignaux dont on étoit convenu avecla premiêére bande, pour avertir lorſque les Portugais s'arreteroient ouchangeroient de route. Nous trouvàmes quelques petites montagnes, quinous cauſèrent beaucoup de peine à traverſer. Pendant tout le jour, nousne pümes découvrir qu'un puits, dont l'eau éroit ſi jaunatre qu'il fut im-
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Ils ſont ex-poſés à périrde froid.
Leur routeau travers desbois juſqu'auCap Bon-
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Bonheurqu' ils ont detrouver unemare d'eau.
Ils ſe divi-ſent en troisbandes.