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Tome douzième.
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OccuUMCHAMNAM.

1686.

Conduite de

ces Barbares.

Seule mon-noye qu'ilsconnoiſſent.

Commentles Manda-rins ſoula-gent leurfaim.

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te, lorſque nous fames au pied de cette colline, ils prirent un petit che-

min par lequel ils nous meneèrent vers un autre Village, avec les mêmesſignes, pour nous engager à marcher ſur leurs traces, quoiqu'ils tour-naſſent ſouvent la tete& qu'ils paruffent nous obſerver d'un air de dé-fiance.

Ex arrivant à ce Village, qui étoit compoſé d'une quarantaine de caba-nes, couvertes de branches d'arbres, dont les Habitans montoient au nom-bre de quatre ou cinq cens perſonnes, leur confiance augmenta juſqu'à s'ap-procher de nous,& nous conſidérer à loiſir. Ils prirent plaiſir à regarderparticulierement les Siamois, comme s'ils euſſent été frappés de leur habil-lement. Cette curioſité nous parut bien-tõt importune. Chacun voulut en-trer dans leurs caſes, pour y chercher quelques alimens; car tous les ſignespar leſquels nous leur faiſions connoitre nos beſoins, ne ſervoient qu'à lesfaire rire de toutes leurs forces, ſans qu'ils parufſent nous entendre. Quel-ques-uns nous répétoient ſeulement ces deux mots, Tabac, Pataque. Jeleur offris deux gros diamans que le premier Ambaſſadeur m'avoit donnésau moment de noͤtre ſéparation, mais cette vüe les toucha peu. Enfin, lepremier Pilote, qui avoit quelques pataques, ſeule monnoye qui ſoit con-nue de ces Barbares(i), fut réveiſlé par le nom; il leur en donna quatre,pour leſquelles ils amenerent un bœuf, qu'ils ne vendent ordinairement auxHollandois que ſa longueur de tabac(½). Mais de quel ſecours pouvoitétre un bœuf, entre tant d'hommes à demi morts de faim, qui n'avoientvécu, depuis ſix jours entiers, que de quelques feuilles d' arbres? Le Pilotemen fit part qu'aux gens de fa Nation,& à ſes meilleurs Amis. AucunSiamois n'en put obtenir un morceau. Ainſi nous eũmes le chagrin de nerecevoir aucun ſoulagement, à la ve non-ſeulement de ceux qui ſatisfai-ſoient leur faim, mais de quantité de beſtiaux qui paiſſoient dans la cam-pagne. Les Portugais ne nous defendoient pas moins de toucher aux trou-peaux des Hottentots qu'au bœuf qu’'ils avolent fait cuire,& nous mena-goient de nous abandonner à la fureur de ces Barbares.

UN Mandarin, voyant que les Hottentots refuſoient l'or monnoyé, pritle parti de ſe parer latéte de certains ornemens d'or,& parut devant euxdans cet Etat. Cette nouveauté leur plut. IIs lui donnèrent un quartierde mouton pour ces petits ouvrages, qui valoient plus de cent piſtoles.Nous mangedmes cette viande à demi crue: mais elle ne fit qu'aiguiſer no-tre appetit. Javois remarqué que les Portugais avoient jetté la peau deleur bœuf, après Pavoir écorché. Ce fut un tréſor pour moi. J'en fisconfidence au Mandarin qui m'avoit ſauvé de mon propre deſeſpoir. NousMaàmes chercher cette peau enſemble;& Payant heureuſement trouvée,nous la mimes fur le feu pour la faire griller. Elle ne naus ſervit que pourdeux repas; parceque les autres Siamois nous ayant découvert, il fallutpartager avec eux nôtre bonne fortune. Un Hoöttentot s'étant arrété àbonſidérer les boutons d'or de mon habit, je lui fis entendre que s il vou-loit me donner quelque choſe à manger, je lui en ferois volontiers préſent.Il me témoigna qu'il y conſentoit: mais au-lieu d'un mouton que jeſpérois

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