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Tome douzième.
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ROYAUME DE SIA M, Lrv. II. 105

pour le moins, il ne m'apporta qu'un peu de lait, dont il fallut parottrecontent.

Nous pafſämes la nuit dans ce lieu, près d'un grand feu qu'on avoit al-lumé devant les caſes des Hottentots. Ces Barbares ne firent que danſer&pouſſer des cris juſqu'au jour; ce qui nous obligea de renoncer au ſom-meil, pour nous tenir inceſſamment ſur nos gardes. Nous partimes le ma-tin;& prenant le chemin de la Mer, nous arrivàmes au rivage vers midi.Les moules que nous trouvàmes le long des rochers, nous firent un char-mant feſtin. Aprés nous en étre raſſaſiés, chacun et ſoin d'en faire ſaproviſion pour le ſoir. Mais il falloit rentrer dans les bois pour y chercherde Feau. Nous n'en pümes trouver qu'à la fin du jour. Encore n'étoit-cequY'un filet d'eau fort ſale. Mais perſonne ne ſe donna le tems de la laiſſerrepoſer pour en boire. On campa ſur le bord du ruiſſeau, avec la précau-tion de faire la garde toute la nuit, dans la crainte des Caffres, dont onſoupgonnoit les intentions.

LE jour ſuivant, nous nous trouvâmes au pied d'une haute montagnequ'il fallut traverſer avec une étrange fatigue. I.a faim nous preſſa plusque jamais,& rien ne s'offroit pour'appaiſer. Du ſommet de la monta-gne, nous vimes ſur un cêôteau des herbes aſſez vertes& quelques fleurs. Ony courut. On ſe mit à manger les moins amêéres. Mals ce qui appaiſoitnôtre faim, augmenta nôtre ſoif, juſqu'à nous cauſer un tourment qu'il fautavoir éprouvé pour le comprendre. Cependant, nous ne trouvàmes deFeau que bien avant dans la nuit, au pied de la méême montagne. Lorſ-que tout le monde y fut raſſemblé, on tint Conſeil;& d'un commun ac-cord, on prit la réſolution de ne plus s'enfoncer dans les terres, comme onavoit fait juſqu'alors pour abréger le chemin. Le Capitaine& les Pilotesreconnoiſſoient qu'ils s'étoient trompés. Ne pouvant plus cacher leur er-reur, ils avouoient qu'ils étoient incertains,& du lieu que nous cherchions,& du chemin qu'il falloit tenir,& du tems dont nous avions beſoin pour yarriver. D'ailleurs, on étoit für, en ſuivant la Côte, de trouver des mou-les,& d'autres coquillages, qui étoient du moins une reſſource continuellecontre la faim. Enfin, comme la plùpart des rivières, des ruiſſeaux& desfontaines ont leur cours vers la Mer, nous pouvions eſpérer d'avoir moinsà ſouffrir de la ſoif.

A la pointe du jour, nous reprames le chemin du rivage, ouù nous arri-vàmes deux heures avant midi. On découvrit d'abord une grande plage,terminée par une groſſe montagne, qui s'avangoit fort loin dans la Mer.Cette vüe réjouit tout le monde, parceque les Pilotes aſſurerent que c'étoitle Cap de Bonne-Eſpérance. Une ſi douce nouvelle ranima tellement nosforces, que ſans nous repoſer un moment, nous continuàmes de marcherjufqu'à la nuit. Mais après avoir fait cinq ou ſix lieues, on reconnut quece n'Stoit pas le Cap qu'on avoit eſpéré. De mortels regrets ſuccédérentà Peſpérance. On ſe conſola un peu néanmoins, ſur le récit d'un Mate-lot, qui ayant été à la découverte, une heure avant le coucher du Soleil 8rapporta qu'il avoit trouvé, à peu de diſtance, une petite Ile preſquecouverte de moules, avec une fort bonne ſource d'eau. On ſe haàta de

XII. Part. O 8'

OccunrCHAMNAM.1686.

Leurs allar-mes dans leVillage desHottentots.

Ils ſe remet-tent en mar-che.

Erreur duCapitaine&des Pilotes.

Fauſſe eſperance quiaugmenteleur miſère.