OccumCHAMNA M.
1686.
Ils ſont por-tés dans unehabitationHollandoiſe.
Ils ſe ren-dent à la For-tereſſe duCap.
Civilitésqu’'ils regoi-vent du Com-mandant.
Les Hol-Jandois ſefont payer leſervice qu'ilsavoient renduaux Siamois.
114 VvOYAGES DANS'LE
entreprendre une marche ſi courte. Nos généreux Guides, reconnoiſſantque nous n'étions plus capables de faire un pas, envoyerent les Hottentotsnous chercher des voitures. En moins de deux heures, nous les voimes re-venir avec deux charettes& quelques chevaux. Le ſecond de ces deuxſecours nous fut inutile. Perſonne n'ayant pu s'en ſervir, nous nous mi-mes tous ſur les charettes, qui nous portèrent à Fhabitation Hollandoiſe.Elle n'étoit éloignée que d'une lieue. Nous y paſſaàmes la nuit, couchés ſurla paille, avec plus de douceur qu'on n'en a jamais reſſenti dans la meilleu-re fortune. Mais le lendemain, à nôtre réveil, quelle fut nôtre joye denous voir délivrés,& déſormais à couvert des effroyables ſouffrances quenous avions eſſuyées l'eſpace de trente& un jours.
NöorRE premier ſoin fut de prier les Hollandois d'envoyer une cha-rette, avec les rafratchiſſemens néceſſaires, aux ſept Siamois que nousavions laiſfés en chemin. Apres avoir vũ partir cette voiture, nous nousrendimes, ſur deux autres, dans une habitation Hollandoiſe à quatre oucinq lieues de la premiére. A peine y fùmes-nous arrivés, que nous vi-mes parottre pluſieurs Soldats, envoyés par le Gouverneur pour nous ſer-vir d eſcorte,& deux chevaux pour les deux Ambaſſadeurs. Mais ils é-toient ſi malades, qu'ils n'oſérent s'en ſervir. Ainſi nous reprimes noscharettes;& dans cet équipage, nous nous rendimes à la Fortereſſe queles Hollandois ont à la rade du Cap de Bonne-Eſpérance. Le Comman-dant, averti de nôtre arrivée, envoya ſon Sécretaire au-devant des Am-baſſadeurs, pour leur faire des complimens de ſa part. On nous fit entrerdans le Fort, au travers d'une vingtaine de Soldats rangés en haye. Nousfmes conduits à la maiſon du Commandant, qui ſe trouva au pied de l'eſ-calier, où il regut avec de grandes marques de reſpect& d'affection lesAmbaſſadeurs& les Mandarins de leur ſuite. IIl nous fit entrer dans unefalle, où nous ayant priés de nous aſfeoir, il nous fit apporter des rafrat-chiſſemens, tandis qu'il faiſoit tirer onze coups de canon, pour honorer leRoi de Siam dans la perſonne de ſes Miniſtres. Nous le conjuràmes d'en-voyer, avec toute la diligence poſſible, quelque ſecours au premier Am-baffadeur, que nous avions laiſſé aſſez prêès du rivage où nôtre Vaiſſeau s'é-toit briſé. II nous répondit que dans la ſaiſon où l'on étoit encore, il étoitimpoſſible de nous ſatisfaire; mais qu'aufſi- tôt qu'elle ſeroit paſſée, il nemanqueroit pas d'y employer tous ſes ſoins. IIl ajouta que nous étions heu-reux d'avoir ſuivi les Côtes; que ſi nous euſſions un peu pénétré dans lesbois, nous ſerions infailliblement tombés entre les mains de certains Caffresqui nous auroient maſſacrés ſans pitié.
LoRsQv'EN approchant du Cap nous eümes appergu pluſieurs Naviresà la rade, nous ſentimes l'eſpérance de revoir encore une fois nos parens,& nôtre chêere patrie. Les offres du Commandant nous confirmêrent dansune idée ſi conſolante,& nous firent preſqu'entiérement oublier nos pei-nes. Il fut fidéle à ſes promeſſes. Son Sécreraire regut ordre de nous con-duire au logement qu'il nous avoit fait préparer,& l'on nous y fournit li-béralement tous les rafraichifſemens qui nous étoient néceſſaires. II eſtvrai qu'il fit tenir un compte exact de nòtre dépenſe,& du loyer mêmede nôtre maiſon, qu'il envoya juſqu'à Siam, aux Miniſtres du Roi nôtre
Maitre,