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Tome douzième.
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ROYAUME DE SIA M, Lrv. II. 113

Mattre,& qai lui fut payé avec autant d'exactitude. On lui rembourſajuſqu'à la paye de l'Officier& des Soldats, qui étoient venus au-devant denous,& qui firent la garde à nôtre porte pendant tout le ſéjour que nousfimes au Cap.

LEs Portugais y étoient arrivés huit jours avant nous, aprés avoir en-core plus ſouffert. Un Péêre Portugais de'Ordre de S. Auguſtin, qui ac-compagnoit, par l'ordre du Roi, les Ambaſſadeurs deſtinés à la Cour dePortugal, nous fit une peinture de leurs peines, qui nous tira les larmes desyeux. Un tigre, nous dit-il, auroit eu le cqœur attendri des cris& desgémiſſemens de ceux qui tomboient au milieu de leur marche, égalementaccablés de douleur& de faim. IIs invoquoient Paſſiſtance de leurs amis& de leurs proches. Tout le monde paroifſoit inſenſible à leurs plaintes.La ſeule marque d'humanité qu'on donnoit, en les voyant tomber, étoitde recommander leur ame à Dieu. On détournoit les yeux, on ſe bou-choit les oreilles, pour n'être pas effrayé par les cris lamentables qu'onentendoit ſans ceſſe,& par la vůe des moöurans qui tomboient prefqu'àchaque heure du jour. IIs avoient perdu, dans ce Voyage, depuis qu'ilsnous eurent quitté, cinquante ou foixante perſonnes de toute ſoörte d'ages& de conditions, ſans y comprendre ceux qui étoient morts auparavant,parmi leſquels étoit un Jéſuite, déja vieux& fort caſſé.

Mars le plus triſte accident qu'on puiſſe s'imaginer,& dont on n'a peut-etre jamais vê d'exemple, fut celui qui arriva au Capitaine du Vaiſfſvau.C'étoit un homme de qualité, riche,& d'un caractère vertueux. Il avoitrendu des ſervices conſidérables au Roi ſon Mattre, qui eſtimoit ſa valeur& ſa fidélité. Je ne puis me rappeller ſon nom; mais on vantoit ſa naiſ-ſance, comme une des plus illuſtres du Portugal. Il avoit mené aux Indesſon fils unique, àgé d'environ dix ou douze ans; ſoit qu'il eüt voulu l'ac-coutumer de bonne heure aux fatigues de la Mer, ou qu'il n'eHt ofé con-fier à perſonne'éducation d'un enfant ſi cher. En effet, ce jeune Gen-tilhomme avoit toutes les qualités qui concilient l'eſtime& l'amitié. IIStoit bien fait de ſa perſonne; bien élevé, ſavant pour ſon àge; d'un reſ-pect pour fon Pêre, d'une docilité& d'une tendreſſe, qu'on auroit puú pro-poſer pour modèêle. Le Capitaine, en ſe ſauvant à terre, ne s'étoit fiéqu'à ſes propres mains du ſoin de l'y conduire en ſureté. Pendant le che-min, il le faiſoit porter par des Eſclaves. Mais, enfin, tous ces NégresStant ou morts, ou ſi languiſſans, qu'ils ne pouvoient ſe trainer eux- mê-mes, ce pauvre enfant devint ſi foible, qu'un jour apres midi, la fatigueFayant obligé comme les autres de ſe repoſer fúr une colline, il lui fut im-poſſible de ſe relever. Il demeura couché, les jambes roides,& ſans lesPouvoir plier. Ce ſpectacle fut un coup de poignard pour ſon Pêre. II lefit aider, il l'aida lui-même à marcher. Mails ſês jambes n'étant plus ca-pables de mouvement, on ne faiſoit que le trainer;& ceux que le Pereavoit priés de lui rendre ce ſervice, ſentant eux-méêmes leur vigueur épui-ſée, déclarérent qu'ils ne pouvoient le ſoutenir plus long-tems, ſans périravec lui. Le malheureux Capitaine voulut eſfayer de porter ſon fils. II lefit mettre ſur ſes épaules; mais n'ayant pas la force de faire un pas, il

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OccumCHAMNAMIH

1686.

Avanturesdes Portugaisdans la mmeroute.

Avanturedéplorabled'un Capitai-ne Portugais