FoRBIN.1685.Il ne trou-
ve que de la
miſère, oùles autresn’'ont vü quedes richeſſes.
Ce qu'ilrencontre ſurſa route àBancok.
118 VOYXAGES DANS LE
Mals ce n'eſt pas l'endroit où le Comte de Forbin diffère le plus deces deux Auteurs. C'eſt principalement ſur les richeſſes de Siam que lacomparaiſon de ſon récit doit paroitre intéreſſante. II y prépare d'abordſes Lecteurs par une remarque générale en ces termes:„ ſe dirai franche-„ ment, que j'ai été ſurpris plus d'une fois, que PAbbé de Choiſy& le„ Père Tachard, qui ont fait le Voyage avec moi,& qui ont vũ les mè-„ mes choſes que moi, ſemblent s'êtreé accordés pour donner au Public,„ſur le Royaume de Siam, des idées ſi brillantes,& ſi peu conformes à„ la vérité. IIl eſt vrai que n'y ayant demeuré que peu de mois;& M.„ Conſtance, Premier Miniſtre, ayant intérét de jes éblouir, ils ne virent„ dans ce Royaume que ce qu’'il y avoit de plus propre à impoſer. Mais,„ apreées tout, il faut qu'ils ayent été étrangement prévenus pour n'y avoir„ pas appergu la miſére qui ſe manifeſte par tout, à tel point qu'elle ſaute„ aux yeux,& qu’il eſt impoſſible de ne la pas voir“.
Ox a lü dans la premiére Relation de Tachard(d), qu'à larrivée deEſcadre à la Barre de Siam, l'Auteur fut dépéché pour accompagner juſ-qu'à Bancok, M. le Vachet, qui en alloit porter la nouvelle au Roi de Siam& à ſes Miniſtres. La deſcription qu'il fait de cette route, mérite, parſa naiveté, d'etre rapportée dans ſes propres termes.„ La nuit nous„ furprit, dit-il, à l'entrée de la Riviére,& la marée qui eſt fort haute,„ dans ce Pays, devenant contraire, nous fümes obligés de relacher. En„ abordant nous vimes trois ou quacre petites maiſons de joncs, couver-„ tes de feuilles de palmier, où M. le Vachet me dit que le Gouverneur de„ la Barre faiſoit ſa demeure. Dans l'une de ces maiſons nous trouvàmes„ trois ou quatre Siamois aſſis à terre, les jambes croiſées ſous le corps,„ ruminans comme des bœufs, ſans ſouliers, ſans bas, ſans chapeau,&„ n'ayant ſur tout le corps qu'une ſimple toile pour couvrir leur nudité.„ Le reſte de la maiſon étoit auſſi pauvre qu'eux. Ie n'y vis ni chaiſes, ni„ meubles. En entrant, je demandai où étoit le Gouverneur. Un de la„ troupe répondit c'eſt moi. Cette premiêre vüe rabbatit beaucoup des idées„ que je m'étois formées de Siam; cependant j'avois grand appetit; je de-„ mandai aà manger; ce bon Gouverneur me préſenta du riz; je voulus ſga-„ voir s'il n'avoit pas autre choſe; il me répondit amay, cC'eſt-à-dire non.„ C'eſt ainſi que nous fümes régalés en abordant. La marée étant devenués„ favorable, nous nous rembarquàmes, pour continuer nôtre route, en„ remontant la Riviere. Nous fimes pour le moins douze lieues, ſans dé-„ couvrir d'autres objets que quelques méchantes cabanes comme celles de„ la Barre. Le lendemain au ſoir, nous arrivàmes à Bancok, dont le„Gouverneur, Turc de Nation, un peu mieux logé que celui de la Barre,„ nous donna un aſſez mauvais ſouper à la Turque; On nous ſervit du ſorbec„ pour toute boiſſon. Jje ne m'accommodois guêeres de la nourriture; mais„ II fallut prendre patience. Le lendemain matin, M. le Vachet ſe mit dans un„ Balon, pour ſe rendre à Siam, tandis que je rentrai dans nôtre Canot pour„ retourner au Vaiſſeau. Avant que de partir, je demandai au Gouver-
„ neur
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(d) Voyez ci-deſſus, pag. 15.