FonbrN.1685.
Ses propo-ftions à laFrance.
Le PêéreTachard ſecharge de lanégociation.
12²² VOYAGES DANS L E
tellement à tout ce que ſon Miniſtre lui propoſoit,& celui-ci lui fit valoirſi habilement tous les avantages d'une alliance avec des étrangers, que cePrince donna aveuglement dans tout ce qu'on voulut. La grande difficul-té fut de ſe déterminer ſfur le choix du Prince à qui on s'’adreſſeroit.Conſtance qui n'agiſſoit que pour lui, n'avoit garde de ſonger à aucunPrince voiſin; le manque de fidélité eſt ordinaire chez eux,& il y avoittrop à craindre, qu'apréès s'étre engraiſſés de ſes dépouilles, ils ne le li-vraſſent aux pourſuites des Mandarins, ou ne fiſfent quelque traité dont ſatete eũt été le prix.
LEs Anglois& les Hollandois ne pouvoient être attirés à Siam pareſpérance du gain, le Pays ne pouvant fournir à un Commerce conſidéra-ble: Les mémes raiſons ne lui permettoient pas de s'adreſſer ni aux Eſpa-gnols, ni aux Portugais; enfin ne voyant point d'autre reſſource, il crutque les Frangois ſeroient plus aiſés à tromper. Dans cette vüe, il enga-gea ſon Mattre à rechercher Palliance du Roi de France, par des Ambaſſa-deurs qu'il avoit chargé en particulier d'inſinuer que leur Maitre ſongeoità ſe faire Chrétien, quoiqu'il n'en et jamais la penſée. Le Roi crut qu'ilétoit de ſa pieté de concourir à cette bonne œuvre, en envoyant à ſontour des Ambaſſadeurs au Roi de Siam. Conſtance voyant qu'une partiede ſon projet avoit ſi bien réüſſi, ſongea à tirer parti du reſte. Il com-menga par s'ouvrir d'abord à M. de Chaumont, à qui il fit entendre que lesHollandois, dans le deſſein d'aggrandir leur Commerce, avoient ſouhaitédepuis long-tems un établiſſement à Siam; que le Roi n'en avoit jamaisvoulu entendre parler, craignant qu'ils ne ſe rendiſſent maitres de ſes Etats:mais que ſi le Roi de France, ſur la bonne- foiĩ de qui il avoit plus àcompter, vouloit entrer en traité avec Sa Majeſté Siamoiſe, il ſe faiſoitfort de lui faire remettre la Fortereſſe de Bancok, Place importante dansle Royaume,& qui en eſt comme la clef; à condition toutefois qu'onenverroit des Troupes, des Ingénieurs,& tout Fargent qui ſeroit néceſ-ſfaire pour commencer l'établiſſement.
M. de Chaumont,& PAbbé de Choiſy, à qui cette affaire avoit étécommuniquée, ne la jugeant pas faiſable, ne voulurent point s'en charger.Le Pêère Tachard n'y fit pas tant de difficulté. Ebloui d'abord par les a-vantages qu'il crut que le Roi retireroit de cette alliance; avantages queConſtance fit ſonner bien haut,& fort au-delà de toute vraiſemblance;trompé d'ailleurs par ce Miniſtre adroit& hypocrite, qui cachant toutesſes menées, ſous une apparence de zele, lui fit voir tant d'avantages pourla Religion, ſoit de la part du Roi de Siam, qui ſelon lui ne pouvoit man-quer de ſe faire Chrétien un jour; ſoit par rapport à la liberté qu'une Gar-niſon Frangoiſe à Bancok aſſureroit aux Miſſionnaires pour l'exercice deleur miniſtére; flatté enfin par les promeſſes de M. Conſtance, qui s'engageaAfaire un établiſſement conſidérable aux Jéſuites, à qui il devoit faire batirun Colléège& un Obſervatoire à Louvo; en un mot, ce Père ne voyant riendans tout ce projet que de trêes-avantageux pour le Roi, pour la Religion& pour ſa Compagnie, n'héſita pas à ſe charger de cette négociation: II ſeflatta même d'en venir à bout,& le promit à M. Conſtance, ſuppoſé que lePere de la Chaize voulut s'en meler& employer ſon credit aupres du* E
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