ROYAU ME DE SIA M, Lrv. II. r2
les Frangois furent trompés par cet habile Miniſtre. L Auteur explique iciſon origine& ſes vües de politique, qu'on ne trouve point développéesdans les Relations précédentes(b).
CoxsràaNckh, Grec d'origine,& qui de fils d'un Cabaretier d'un petitVillage nommé la Cuſtode dans'Iſle de Cephalonie, étoit parvenu à gouver-ner deſpotiquement le Royaume de Siam, n'avoit pü s'élever à ce poſte,& s'y maintenir, ſans exciter contre lui la jalouſie& la haine de tous lesMandarins& du peuple même. II s'attacha d'abord au fervice du Barca-don, ou Premier Miniſtre. Ses manières douces& engageantes, un eſpritpropre pour les affaires& que rien n'embarraſſoit, lui attirerent bien-tôttoute la confiance de ſon Mattre, qui le combla de biens,& qui le pré-ſenta au Roi, comme un Sujet dont il pourroit retirer d'utiles ſervices.Ce Prince ne le connut pas long-tems ſans prendre auſſi confiance en lui;mais par une ingratitude qu'on pe ſgauroit aſſez déteſter, le nouveau Fa-vori, qui ne vouloit plus de Concurrent dans les bonnes graces du Prince,abufant du pouvoir qu'il avoit déja auprès de lui, fit tant qu'il rendit leBarcalon ſuſpect,& qu'il engagea peu apres le Roi à ſe défaire d'un Sujetfidele, qui Pavoit todjours bien ſervi. C'eſt par-là que M. Conſtance fai-ſant de ſon Bienfacteur la première victime qu'il immola à ſon ambition,commenga à ſe rendre odieux à tout le Royaume.
LEsS Mandarins& tous les Grands irrités d'un procedé qui leur don-noit lieu de craindre à tout moment pour eux-mêmes, conſpirêrent en ſe-cret contre le nouveau Miniſtre,& ſe propoſêrent de le perdre auprès duRoi; mais il n'étoit plus tems; il diſpoſoit ſi fort de l'eſprit du Prince, qu'ilen co0ta la vie à plus de trois cens d'entre eux, qui avoient voulu croiſerſa faveur. Il ſgut enſuite ſi bien profiter de ſa fortune& des foibleſſes deſon Mattre, qu'il ramaſſa des richeſſes immenſes, ſoit par ſes concuſſions& par ſes vioſences, ſoit par le commerce dont il s'étoit emparé,& qu'ilfaifoit ſeul dans tout le Royaume. Tant d'exceès, qu'il avoit pourtant toũ-jours colorés du prétexte du bien public, avoient ſoũlevé tout le Royau-me contre lui; mais perſonne n’'oſoit encore ſe déclarer. IIs attendoientune révolution que l'àge du Roi& ſa ſanté chancelante, leur faiſoient re-garder comme prochaine.
CoxsrANck n'ignoroit pas leur mauvaiſe diſpoſition à ſon égard; il a-voit trop d'eſprit,& il connoiſſoit trop les maux qu'il leur avoit fait, pourcroire qu'ils les euſſent ſi-tôt oubliés. II ſgçavoit d'ailleurs mieux que per-ſonne, combien peu il y avoit à compter ſur la foible conſtitution duPrince. II connoiſſoit auſſi tout ce qu'il avoit à craindre d'une révolution,& il comprenoit fort bien qu'il ne s'en tireroit jamais, s'il n'étoit appuyéd'une Puiffance étrangère qui le protégeât en s'établiſſant dans le Royaume.C'étoit-laà, en effet, tout ce qu'il avoit à faire,& unique but qu'il ſe pro-poſoit. Pour y parvenir, il falloit d'abord perſuader au Roi, de recevoirdans ſes Etats, des étrangers,& de leur confier une partie de ſes Places.Ce premier pas ne coũta pas beaucoup à M. Conſtance; le Roi 4J
telle-
(⁶) Voyez ſon hiſtotre, ci-deſſus, pag. 15& 16., qui eſt bien différente de celle qu'onVva lire.
XII. Part. r2
FoRDIN.1685.
Origine dece Miniitre.
Il gagne laconfiance duBarcalon,&celle du Roi.
Son ingra-titude enversſon Bienfac-teur.
Haine desGrands, quilui ſont ſacri-
fiés.
Sa politi-que lui faitrechercherl'appui d'unePuiſſanceétrangère.