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Tome douzième.
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FoRBIN.16875.

Rigueur deschaätimens à1a Cour.

Mince équi-page qu'ondonne à l*Au-teur.

Liberté quimanque de luidüre fatale.

124 VOYXAGESDANS L. E

continuai ainſi pendant deux mois à aller tous les jours au Palais, ſans qu'ilm'eut été pofſible de voir le Roi qu'une ſeule fois. Dans la ſuite je le visun peu plus ſouvent. Ce Prince me demanda un jour ſi je n'étois pas bien-aiſe d'etre reſté à ſa Cour. je ne me crus pas obligé de dire la vérité;ainſi je lui répondis que je m'eſtimois fort heureux d'être au ſervice de S. M.II m'y avoit pourtant rien au monde de ſi faux; mon regret augmentoit àchaque inſtant, ſur-tout lorſque je voyois la rigueur dont les moindres fau-tes étoient punies.

C'EsT le Roi lui-même qui fait exécuter la Juſtice; il a toũjours auprèsde lui quatre cens Bourreaux qui compoſent ſa garde ordinaire. Perſonnene peut ſe ſouſtraire à la ſévérité de ſes chàtimens. Les Fils& les Fré-res des Rois n'en ſont pas plus exemts que les autres. Les chatimens lesplus communs, ſont de fendre la bouche juſqu'aux oreilles à ceux qui neparlent pas aſſez,& de la coudre à ceux qui parlent trop. Pour des fautesaſſez legères, on coupe les cuiſſes à un homme; on Ilui bruüle les bras avecun fer rouge; on lui donne des coups de ſabre ſur la téte, ou on lui arra-che les dents. II faut n'avoir preſque rien fait pour n'être condamné qu'àla baſtonnade, à porter la Changue au col, ou à être expoſé tête nũe à lar-deur du Soleil. Four ce qui eſt de ſe voir enfoncer des houts de cannes ſousles ongles, qu'on pouſſe juſqu'à la racine; mettre les pieds au Cep,&pluſieurs autres ſupplices de cette eſpèce; il n'y a preſque perſonne à quicelà ne foit arrivé, au moins quelquefois dans la vie. Surpris de voir lesplus grands Mandarins expoſés à la rigueur de ces traitemens, je demandai5 M. Conſtance, ſi j'avois à les craindre pour moi. II me répondit quenon;& que cette ſevérité n'avoit pas lieu pour les étrangers. Mais ilmentoit: Car il avoit eu lui-mêeme la baſtonnade, ſous le Miniſtre préce-dent, comme je l'appris depuis.

Poun achever, le Roi me fit donner une fort petite maiſon; on y mit.trente-ſix Eſclaves pour me ſervir,& deux éléphans. La nourriture detout mon Domeſtique ne me coũtoit que cinq ſols par jour, tant les hom-mes ſont ſobres dans ce Pays,& les denrées à bon marché; j'avois ma ta-ple chez M. Conſtance. Ma maiſon fut garnie de quelques meubles peuconſidérables; on y ajoũta douze aſſiétes d'argent, deux grandes coupes demême métal, le tout fort mince, quatre douzaines de ſerviétes de toile decotton,& deux bougies de cire jaune par jour. Ce fut-là tout'équipagede Mr. le grand Amiral, Gendral des Armées du Roi. II fallut pourtant sencontenter. Quand le Roi alloit à la Campagne, ou à la Chaſſe aux élé-phans, il fourniſſoit à la nourriture de ceux qui le ſuivoient; on nous ſer-voit alors du riz& quelques ragouts à la Siamoiſe, dont un Frangois peuaccoütumé à ces ſortes de mets ne pouvoit guêeres s'accommoder. A lavérité M. Conſtance qui ſuivoit preſque toũjours, avoit ſoin de faire por-ter dequoi mieux manger; mais quand des aſtaires particuliéres le retenoientchez lui, j'avois beaucoup de peine à me contenter de la cuiſine du Roi.

SovvENT dans ces ſortes de divertiſſemens, le Roi me faiſoit Fhon-neur de s'entretenir avec moi; je lui répondois par P'Interpréte que M.Conſtance m'avoit donn6. Comme ce Prince me témoignoit beaucoup debien-veillance, je me hazardois quelquefois à des libertés qn il me paſſoit,

mais.