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Tome douzième.
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RCYAUME DE SIA M, LIv

V.

II. 129

tiens qui ne voudroient pas embraſſer le Mahométiſme. De la Mare, quiſupplée ici au récit de Forbin, ne nomme que deux froͤres Princes deChampa avec celui des Macaffars. IIs s'étolent refugiés, comme lui,en cette Cour, à Favenement de leur frêre ainé à la Couronne. Un troi-ſiéème frêre, occupoit un emploi auprés du Roi de Siam,& les deux au-tres vivoient en perſonnes privées. Ce fut le plus jeune qui commengala conſpiration, de concert avec un Capitaine Malais, auſſi natif de Cham-pa, homme de courage, de tete& d'expérience. Un de leurs Prétres con-duiſit l'affaire,& ſe diſant inſpiré du Ciel, feignit des apparitions, dontil ſe ſervit avec ſuccès, pour répandre d'abord la terreur dans les eſprits,ſans rien déclarer de ſes deſſeins; enſuite prenant tous ſes Auditeurs enparticulier les uns aprês les autres, il les leur découvrit peu à peu, à meſureqw'ils donnoient dans le piége; ſi bien qu'en moins de trois mois, il lesfit tous entrer dans ce parti, à la reſerve de trois cens Malais qu'il avoittrouvés fort éloignés de ſes ſentimens. On convint de ne leur plus par-ler de l'affaire qu'au moment de Pexécution,& pour groſſir le nombredes Conjurés, les Chefs réſolurent de délivrer d'abord tous les priſonniersde la Ville,& d'abandonner enſuite le Palais au pillage de leurs gens.Le 15 d'Aout fut fixé pour l'exécution,& ce jour approchant, les deuxPrinces de Champa écrivirent une lettre à leur frêre, qui étoit à Louvoauprès du Roi, pour lui faire part de leur deſſein;& Pavertir de ſe fau-ver au plus vite. Le porteur de cette lettre avoit ordre de ne la lui re-mettre que le méme jour à huit heures du ſoir,& de ſe retirer immédia-tement aprés. 1

LàA fagon dont il s'acquita de ſa commiſfſion, faiſant ſoupgonner au Princequelque choſe d'extraordinaire, il eũt la prudence de porter la lettre, ſansIouvrir, à M. Conſtance, qui ſe la fit interpréter par un Mandarin Ma-lais. Apreés ſa lecture, le Miniſtre courut avertir le Roi de ce qui ſepaſſoit dans la Capitale. On donna fur le champ les ordres néceſſairespour rompre les deſſeins des factieux,& pourvoir à la ſureté du Royau-me. Trois mille hommes de la garde du Prince furent détachés pour al-ler au ſecours du Palais de Siam;& l'on diſtribua le reſte, au nombre decing mille hommes, dans le Palais de Louvo& aux environs, tandis qued'autres troupes furent poſtées ſur les avenues, aux portes& ſur les rem-parts de la Ville.

CEPENDANT Pheure marquée par les Conjurés étant venue, tout lemonde ſe trouva au rendez-vous. Ce fut ſur une langue de terre qui ſépa-re les deux Rivieres vis à-vis le Camp des Macaſſars. Les trois cens Ma-lais fidéles y parurent auſſi en armes, par ordre de leurs Chefs; mais ap-prenant dequoi il s'agiſſoit, ils déclarérent tous d'une commune voix, qu’'ilsavoient en horreur cette action,& qu'ils aimoient mieux mourir que detrahir le Roi de Siam, qui les avoit comblés de tant de bomtés. Ceés rai-ſons firent rentrer en eux-mêmes d'autres Malais, qui ſe joignirent auxpremiers,& commencerent à prendre la fuite les uns aprês les autres. LePrêétre Mahométan jugeant par-laà que la conjuration ne pouvoit manquerd'etre découverte, refolut d'aller lui-meme la reveler au Gouverneur de laVille, dans la vüe d'obtenir ſa grace.

R

XII. Part. Dds

FoRBIN.16806.

Un Capitai-ne Malais&un Préêtre Ma-hométan con-duiſent cettetrame.

Trois censMalais refu-ſent d'*yentrer.

Un desPrinces deChampa decouvre laconſpiration.

On pour-voit à la ſure-té du Royau-me.

Déſertiondans le Campdes Rebelles.