Perte totalede part&d'autre.
OfficierFrangoisbleſſé.
Care mer-veilleuſe que1'Auteur faitſur lui.
Récit deſon malheur.
136 VOYAGES DANS IL. E
ferer la mort à la retraite. Comme je ſongeois à m'en retourner, je fus a-verti qu'il reſtoit encore un ſixie&me Macaſſar. C'étoit un jeune-homme, leméme qui avoit laiſſé ſon cris dans le corps du Mandarin tué au Couventdes Talapoins. On ſe mit de nouveau à le chercher dans les herbes.;or-donnai à mes Soldats de ne point le tuér, puisqu’'ils pouvoient le pren-dre vif ſans réſiſtance; mais ils étoient ſi animés, que l'ayant trouvé, ils lepercêrent de mille coups.
Dr retour au Fort, j'aſſemblai tous les Mandarins, pour me concerter a-vec eux ſur le parti qu'il y avoit à prendre par rapport aux autres Macaſſars. IIfut réſolu qu'on aſſembleroit le plus de Troupes qu'on pourroit,& que nousleur donnerions la chaſſe, des que nous ſerions informés du lieu de leur re-traite. je trouvai que le nombre de nos morts, dans cette malheureuſejournée, ſe montoit à trois cens ſoixante-ſix hommes. Les ennemis n'enavoient perdu que dix-ſept; ſgavoir, ſix dans le petit Fort; ſix aux envi-rons du Couvent des Talapoins,& cinq ſur le champ de bataille.
Counz je voulus entrer dans le Pavillon, pour prendre un moment derepos dont j'avois grand beſoin, après tant de fatigues, je fus frappé d'unſpectacle d'autant plus triſte que je m'y attendois moins. QOutre les cada-vres des Macaſſars& des Siamois, qu'on n'avoit pas eũ le tems d'enlever, jetrouvai étendu ſur le bord de mon lit, un jeune Officier nommé Beauregard(°),fils d'un Commiſſaire du Roi à Breſt, qui étoit demeuré à Siam,& que j a-vois fait Major de toutes les Troupes Siamoiſes. Le voyant dans cette ſi-tuation, je le crus mort,& j'en es le cœur navré de douleur.
Ox traitera peut-être de fable ce que je vais raconter,& en effet la cho-ſe doit paroitre incroyable. Cependant je proteſte faintement, que je nerapporterai que la pure vérite. Ayant examiné ce jeune Officier de pluspres, je remarquai qu' il reſpiroit encore; mais il ne parloit plus. II avoitJa bouche couverte d'écume, le ventre ouvert; toutes ſes entrailles, méléesde ſang caillé, lui pendoient ſur les cuiſſes& paroiſſoient deéja ſéches com-me du parchemin. Sans Chirurgien& ſans médicamens, comment fairepour lui donner du ſecours? Je hazardai néanmoins Fentrepriſe, ſans tropcompter fur ſon ſuccès. Je pris deux aiguilles avec de la ſoye,& lui ayantremis les entrailles, je couſus la playe comme j'avois vü faire en pareillesoccaſions. Enſuite je fis deux ligatures 82 je joignis enſemble,& après avoirdébattu des glaires d'œufs dans de larak, eſpeèce d'eau-de-vie aſſez connuẽé,je me ſervis de cet onguent pour panſer le Malade; ce que je continuai pen-dant dix jours. Mon opération réüſſit à ſouhait,& Beauregard fut guéri,ſans avoir eH de fiévre, ni d'autres accidens fächeux. Des qu’il recom-menga à parler, je voulus ſgavoir de lui comment il avoit regu ſa bleſſure,puisqu'il ſe trouvoit hors qdu Fort, tandis que nous étions aux priſes avecles ſix premiers Macaſſars dans le Pavillon.
IL me dit qu'ayant vü tomber du baſtion, deux hommes, la tête la pre-miere,& prenant Pun pour le Capitaine, il étoit accouru, dans la vüed'empécher les Siamois de le tuér: Que le Macaſſar, quoique percé de plu-ſieurs hales, s'en étant appergu,& contrefaiſant le mort, Favoit laiſſé ap-
pro-(°) Le même qui füt enſuite Gouverneur de Bancok. Voyez cideſſus, pag. 77.