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Tome douzième.
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ROYAUME DE SIA M, Lrv. II. 137

procher juſqu'à ſa portée,& Iui avoit alongé un coup de cris qui lui avoitfait cette bleſſure(). Que dans cet état, ne ſachant que devenir,& por-tant ſes entrailles dans ſes mains, il avoit gagné le Pavillon, où ne trou-vant perfonne pour le ſecourir, il étoit tombé de foibleſſe ſur mon lit, à-peu-prés dans la ſituation où je le trouvai.

LE lendemain de mon arrivée au Fort, je regüs avis qu'un des ſix Ma-caſſars, qui avoit combattu dans le Pavillon, n'étoit pas mort; QuelquesSoldats Siamois l'avoient faiſi,& de peur qu'il ne leur échapat, Üls en a-voient fait comme un peloton, à force de le lier. je fus ſe voir pour lequeſtionner,& pour en tirer s'il étoit poſſible, quelques éclairciſſemens. Cedémon, car la force& la patience humaine ne vont pas ſi loin, avoit paſſéavec un ſang froid étonnant, toute la nuit dans la fange, bleſſé de dix-ſept coups de lances. Je lui fis quelques queſtions; mais il me réponditqu'il ne pouvoit me ſatisfaire, qu'auparavant je ne'enſſe fait détacher. IIm'y avoit pas à craindre qu'il éSchapat. J'ordonnai au Sergent Frangois quej avois mené avec moi, de le délier. Celui-ci poſa ſa halebarde contre un pe-tit arbre, aſſez près du bleſſé,& le jugeant hors d'état de rien entreprendre,après l'avoir détaché, il laiſſa cette arme dans l'endroit où il Pavoit miſed'abord. A peine le Macaſſar fut-il en liberté, qu'il commenga à alongerles jambes,& à remuer les bras, comme pour les dégourdir. Je m'apper-Füs quſen répondant aux queſtions que je lui faiſois, il ſe tournoit,& taà-chant de gagner terrain, s'approchoit inſenſiblement de la halebarde pours'en ſaiſir. Je connus fon deſſein,& m'adreſſant au Sergent,„ tiens-toi„ prés de ta halebarde, lui dis-je; voyons juſqqu'où cet enragé pouſſera lau-„ dace. Des qu'il fut à portée, il ne manqua pas de ſe jetter deſſus pourla faiſir en effet; mais ayant plus de courage que de force, il ſe laiſſa tom-ber preſque mort ſur le viſage. Alors voyant qu'il n'y avoit rien à eſpérerde lui, je le fis achever ſur le champ.

Türois fi frappé de tout ce que j'avois vũ faire à ces hommes, qui meparoiſſoient ſi differens de tous les autres, que je ſouhaitai d'apprendre d'oùpouvoit venir à ces Peuples tant de courage, ou pour mieux dire tant deférocité. Des Portugais qui demeuroient dans les Indes depuis Penfance,me dirent que ces Peuples étoient habitans de PIle de Celebes, ou Macaſſar:Qu'ils écoient Mahométans ſchiſmatiques,& très· ſuperſtitieux: Que jeursPretres leur donnoient des Lettres écrites en caracteres magiques, qu'ilsleur attachoient eux-mêmes au bras, en les aſſurant que tant qu'ils les por-teroient fur eux, ils ſeroient invulnerables: Qu'un point particulier de ſeurcréance, qui étoit qu'ils ſe perſuadent, que tous ceux qu'ils pourront tuerſur la terre, hors les Mahométans, ſeront autant d'Eſclaves qui les ſervirontdans Tautre Monde, ne contribuoit pas peu à les rendre cruels,& intrépi-des. Enfin ils ajoütérent, qu'on leur imprimoit ſi fortement, dés l'enfance,ce qu'on appelle le point d honneur, qui ſe réduit parmi eux à ne ſe rendrejamais, qu’ il m'y avoit point d'exempſe qu'aucun y et encore contrevenu.

Pleins

(p) Les Macaſſars en frappant de ce poignard, donnent un certain tour de bras qui faitune ouverture extrémement grande.

XII. Part. 8

FonbrN.1686.

Couraged'un Macaſ-ſar mourant.

Cauſes dela férocité deces Peuples.