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Tome douzième.
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FoRBIN.

1686.

Leur figure& leur habil-lement.

Rapport dePAuteur à M.Conſtance.

Reprochesdu Miniſtre,& ſes nou-veaux ordres.

Forbin lesavoit préve-

Aus.

Tentativeinutile contrele reſte desMacaſſars.

Converſionde deux deleurs bleſſfés.

138 VvOYAGES DANS LE

Pleins de ces idées, ils ne demandent ni ne donnent jamais de quartier; dixMacaſſars le cris à la main, attaqueroient cent mille hommes. II n'y a paslieu d'en etre ſurpris. Des gens imbus de tels principes, ne doivent riencraindre,& ce font des hommes bien dangereux(q). Ces Infulaires fontF'une taille médiocre, baſanez, agiles& vigoureux. Leur habillementconſiſte en une culotte fort étroite, une chemiſette de cotton blanché ougriſe, un bonnet d'étoffe bordé d'une bande de toile, large d'environ troisdoigts; ils vont les jambes nués, les pieds dans des baboucher,& ſe cei-gnent les reins d'une écharpe, dans laquelle ils paſſent leur arme diabolique.Tels étoient ceux à qui j'avois à faire,& qui me tuerent miſerablement tantde monde.

IE rendis compte à M. Conſtance de cette malheureuſe avanture. Quoi-què ſa manœuvre ne m'ent que trop manifeſté ſa mauvaiſe volonté à mon é-gard, je crus qu'il ne convenoit pas de lui en témoigner du reſſentiment;Je lui écrivis donc, ſimplement pour lui faire un déetail bien circonſtanciéde tout ce qui m'étoit arrivé. Je avertis en même-tems de prendre gardeau reſte des Macaſſars qui etoient retranchés dans leur Camp,& de profi-ter de mon exemple. Ayant regù ma relation, il fit entendre au Roi toutce qu'il voulut,& commẽ je m'etois fans doute trop bien conduit à fon gré,il me répondit par une Lettre pleine de reproches, m'accuſant d'impruden-ce,& d avoir été la cauſe de tout ce maſſacre; II finiſſoit en me donnantordre, non d'arréèter les Macaſſars, comme la premiere fois, mais d'en fai-re mourir autant que je pourrois.

IE mwavois pas attendu ſes inſtructions ſur ce point. Des le lendemain denotre déroute, ayant encore aſſemblé tous les Mandarins, je leur avois diſ-tribué des Troupes, avec ordre de ſe tenir ſur les avenués, pour empécherque les ennemis, qui avoient gagné les bois, ne revinſſent jetter de nou-veau'épouvante ſur le bord de la Rivière, qui eſt'endroit le plus habité duPays,& celui ou ils pouvoient faire le plus de ravage.

QurNz jours après, j'appris qu'ils avoient paru à deux lieues de Bancok:py accourus avec quatrée-vingt Soldats que j'embarquai dans mon Balon, lePays étant encore inondé. J'arrivai fort à propos, pour raſſurer les Peu-ples; jy trouvwai plus de quinze cens perſonnes qui fuyoient, devant vingr-quatre ou vingt-cinq Macaſſars qui etoient encore attroupés. A mon arri-vée ces furieux abandonnerent quelques Balons dont ils s'étoient ſaiſis,&ſe jettérent à la nage. Je fis tirer ſur eux; mais ils furent bien- tOt hors dela portée du faſil,& ſe retirérent dans les bois. Je raſſemblai tout ce Peu-ple effrayé, je lui reprochai fa lacheté,& la honte qu'il y avoit à fuir de-vant un ſi pétit nombre d'ennemis. Animés par mes diſcours, les Siamoisſe rallieèrent,& les pourſuivirent juſqu'à Fentrée du bois, 0ùò voyant qu'iléroit impoffible de les forcer, je retournai à Bancok. 1

Iꝝ trouvai en arrivant, deux de ces malheureux, qui ayant été bleſſés ma-voient p fuivre les autres. Un Miſſionnaire nommé Manuél, les regardantcomme un objet digne de ſon zele, leur parla avec tant de force, qu'ils ſe

con-(4) Uuſage de l'Opium, dont!l'Auteur ne parle pas, contribué peut- être plus que tou-tas ces cauſes enſemble, à les rendre ſi furieuz& ſi redoutables.