DEs FARGEs.1688.
Introduction.
Etat de laCour de Siam.
160 VOYXAGESDANSL E[Relation des Revolutions arivees à Siam, en 1688.
EST au Général même qui commandoit les Troupes Frangoiſes deBancok, qu'on a Fobligation de cette Relation(4). Outre qu'el-je contient pluſieurs particularités trés-remarquables, ſon Auteur a étéſi fort blä3mé, par ſes propres Compatriotes, que ſa juſtification doit larendre doublement intéreffante. Des Farges avoit prévü les effets de lacritique.„ Jai cru, dit-il, devoir faire moi- méme le récit de ce quis'eſt paffé, perſonne ne pouvant ſgavoir mieux que moi les raiſons qui„m'ont porté à faire ce que j'ai fait; raiſons qu'il n'étoit pas à propos„ de communiquer à beaucoup de gens, qui ne laiſſeront pas toutefois devouloir écrire ce qu'ils en penſent“.LExPERIENCE nous a bien fait voir, continue'Auteur, qu'il nefalloit pas tant compter ſur Talliance d'un Roi, qu'une maladie mortelleconduifoit au tombeau; ni ſur les bonnes intentions de ſon ſucceſſeur, quiĩ6toit trés incertain; ni fur la fortune chancelante de M. Conſtance, qui n'a-voit d'ailleurs pas tout le crédit& toute'autorité qu'on penſoit; beaucoupmoins encore devoit-on faire fond ſur la douceur du naturel, ſur Peſtime& Laffection de ces Peuples envers les Frangois; puiſque nous les avons vn-au contraire pleins de haine& de fureur pour nous perdre.
Droux Princes, freres du Roi, étoient ceux que les coutumes duRoyaume appelloient à lui ſucceder à la Couronne. Lainé étoit perclus detous ſes membres; le cadet contrefaiſoit le muet, par politique. IIs é-toient parfaitement unis, mais mal dans'eſprit du Roi; ils ne ſe mêloientde rien,& ne voyoient guêeres que leurs propres Domeſtiques. Le Roiavoit une fille, qu'on difoit étre fecrétement mariée avec ſe jeune Prin-ce, quoique le fait ne fut pas bien conſtaté. Cette Princeſſe agée d'en-viron vingt-huit ans, d'un naturel fier& hautain, s'étoit aufſi retirée dela Cour, pour quelque mécontentement qu'elle avoit regu de ſon Pêre,&dont elle rejettoit la faute ſur M. Conſtance, à qui elle portoit une haineirréconciliable. Prapis(b), fils adoptif du Roi, etoit celui de toute la Cour,qui étoit le plus dans les bonnes graces du Prince; mais la baſſeſſe de ſon ori-gine formoit un obſtacle à ſon cjevation. Entre les Grands du Royaume,un Mandarin, nommé Opra Petcheratchas, ou Pitrachas, ſe diſtinguoit des au-tres, par ſon air majeſtueux,& par ſa naiſſance qui étoit des plus illuſtres.On je faiſoit deſcendre de la véritable race royale, ſur laquelle le Père duRoi rêgnant avoit uſurpé la Couronne. II Stoit frère de lait de ce Prince,& à-peu-prês de meme aàge. Le zele qu'il affectoit pour ſa Religion, luiavoit attiré'eſtime de tous les Talapoins,& la vénération des Peuples, quiremarquoient d'ailleurs en lui, un cœur véritablement Siamois, plein d'eſti-me pour ſa Nation,& de mépris pour les autres. Mais grand Politiqueen même-tems, il ſçavoit ſi bien difſimuler ſes ſentimens, qu' il refuſoitconſtamment pour lui,& pour ſon fils, les dignités les plus conſidérables,& ne paroiſſoit aſpirer qu'au bonheur d'une vie privée. L'éloignement
qu'il(a) Imprimée à Amſterdam, chez Pierre(b) Kæempfer& le P. d'Orleans le nom-Brunel, en 1691. ment Monpi.
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