ROYAUME DE SIA M, Lrv. II. 161
qu'il marquoit pour les affaires, êtant tout ſoupgon ſur ſes deſſeins, il é-toit toüjours un des premiers dans le Conſeil de ſon Prince(). Conſtancequ'on croyoit tout puiſſant,& qui n'oublioit rien pour nous le perſuader,n'avoit pas à beaucoup prés autant de credit ni autant d'accéès. Cependantil ne laiſſoit point que d'etre auſſi en grande faveur auprès du Roi, qui netrouvoit que lui ſeul capable de traiter avec les Etrangers, à cauſe des vaſtesconnoiſſances qu'il diſoit avoir de leurs coutumes& de toutes les Cours de'Europe. A la vérité cet Etranger avoit de tres-grandes qualités, qui em-péchoient de remarquer d'abord ſes deffauts. II falloit du tems pour lebien connoitre. Je lui ai trouvé, dans la ſuite, peu de ſincérité,& uneambition démeſurée. IIs'offenſoit aiſ́ment,& ne pardonnoit jamais; cequi lui avoit attiré la haine de tous les Siamois,& de la plúpart des E-trangers.
APREs ce portrait de la Cour de Siam, qui m'a paru néceſſaire pourl'intelligence de ce qui doit ſuivre, je viens aux Frangois. je n'avois dansBancok que deux cens hommes. M. de Bruan étoit à Mergui, avec troisde nos meilleures Compagnies;& depuis ſon départ, j'avois encore étéobligé de donner trente-cinq Soldats d'élite, avec trois ou quatre Officiers,pour mettre ſur des Vaiſſeaux que le Roi envoyoit en courſe, ſuivant unordre que M. Conſtance m'adreſſoit de ſa part. Ce petit nombre d'hommesqui me reſtoit, diminuoit chaque jour par les maladies. D'un autre côténos fortifications, à peine commencées, étoient ſi vaſtes qu'il eũt été be-ſoin de plus de douze cens hommes pour bien garder la Place. Favoisfort inſiſté pour qu'on ne prit pas une ſi grande enceinte, afin de ſe met-tre plutêt à couvert& mieux en état de deffenſe; mais je ne pus jamaisgagner ſur M. Conſtance de changer un deſſein qu'il avoit déja fait commen-cer avant mon arrivée. Quelque inſtance que je fiſſe pour obtenir des Tra-vailleurs,& quelque peine que je me donnaſſe, malgré mon âge& lT'ar-deur du Soleil, qui ne m'empéchoit pas de demeurer tout le jour ſur les tra-vaux, pour les faire avancer, il nous reſtoit encore, quand la révolutionSclata, deux baſtions, deux courtines& un cavalier à relever. je m'étoismuni d'environ deux mille paliſſades, qui nous furent d'une grande utilitédans la ſuite; mais on n'en avoit encore planté aucune.
DANsS le mois de Mars de cette année, le Roi ſe trouvant plus mal qu'àF'ordinaire, Prapié commengça à vouloir ſe faire un parti,& à aſſemblerquelques gens qui lui étoient devoués. Pitrachas, qui depuis long-temsavoit pris ſes meſures, en fit autant de ſon cêté;& colorant toüjours ſesdémarches du prétexte du bien de l'Etat, il inſinua aux Peuples, que lesFrangois n'étoient venus que dans la vüe de détruire la Race Royale, leurReligion& leurs coutumes, en les aſſujettiſſant à Prapié& à Conſtance,qui devoit être la ſeconde perſonne du Royaume, au cas que la choſe réüſ-ſit. Par ces artifices, il lui fut aiſé de mêettre tous les grands& les petitsdans ſes intéreéts,& de les animer d'une étrange maniêre contre nous;d'autant plus que les Princes, vrais héritiers de la Couronne, le regar-
doient
(c) Le Chevalier de Forbin, qui avoit parle de lui à-peu-près dans les mémesconnu fort particuliéèrement ce Mandarin, termes.
AI Pas. X
Drs FAndPzs.
1688.
Etat desFrançois àBancok.
Deux partieaſpirent à laCouronne.