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Tome douzième.
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Dzs FARkcks.1688.

Ordre à'-Auteur de ſerendre à

Louvo.

Bruits fà-cheux qu'ilapprend enchemin.

II retourneà Bancck.

Raiſons quijuſtifient ſadémarche.

Les Princesfrères du Roiſont appellésà la Cour.

162 VOYAGES DANS L E

doient tonjours comme un ſujet fidèle, qui n'agiſſoit qu'en faveur de leurcauſe; tandis qu'ils tenoient Prapié& Conſtance pour leurs plus grands en-nemis.

CoxsTràANcCE, à qui toutes ces menées ne pouvoient être cachées, quel-que bonne mine que Pitrachas continuàt de lui faire pour Pamuſer, m'en-voya, le mois ſuivant, un ordre de la part du Roi, de me rendre à Lou-vo, avec la meilleure partie de mes Troupes. Je partis de Bancok à latête de ſoixante-dix hommes& de cinq Officiers, plein d'inquiétude pourle reſte de ma Garniſon que je laiſſois ſi foible. A nôtre arrivée prês deSiam, par ou nous devions paſſer, nous trouvàmes toutes les portes de laVille fermées. M. TEvéeque de Metellopolis, Abbé de Lionne,& leChef de la Loge Frangoiſe, m'apprirent en même-tems qu'il couroit unbruit public, que le Roi de Siam étoit mort; que tout étoit en armes àLouvo& fur les chemins; qu'on parloit d'arréter M. Conſtance; qu'ilſe débitoit mille choſes tres-defavantageuſes pour les Frangois;& qu'enfinPon avoit auſſi avis qu'un gros Corps de Troupes Siamoiſes étoit deſcenduvers Bancok pour s'en rendre maltres.

A ces nouvelles, je ne crus pas qu'il füt de la prudence de continuérmon chemin. je m'arrétai donc aux environs de Siam,& j'écrivis entoute diligence à M. Conſtance, pour Tavertir de ces bruits fächeux,&que je croyois beaucoup plus à propos pour ſon bien& pour le nõtre, qu'ilſe rendit lui-mêème où je l'attendois, pour aller offrir nos ſervices aux Prin-ces, vrais héritiers de la Couronne, qui étoient tous deux dans la Ville deSiam,& diſſiper par-Ilà les ſoupgons qu'on avoit congus contre nous. Maisſoit que ce Miniſtre ne crut pas le mal ſi grand qu'il étoit, ſoit qu'il ne futplus en état de ſe retirer de Louvo, ſoit enfin qu'il fut d'intelligence avec Pra-pié, comme on dit qu'il a avoué dans la ſuite, il ne voulut pas entendreà mes conſeils;& je me retirai incontinent aprés ſa réponſe à Bancok, pourtacher d'y conſerver les Troupes que le Roĩ mon Maitre m'avoit fait l'hon-neur de me confier.

LàA fuite a bien fait voir que je ne pouvois agir autrement ſans m'enga-ger dans un parti aufſi injuſte que mauvais,& fans la perte preſque affu-rée de tout ce qu'il y avoĩt de Frangois dans le Royaume: Car il seſt trouvéconſtant, par les interrogations que j'ai fait faire à deux Mandarins Siamoisque nous avons entre les mains, que dans le tems que M. Conſtance vou-loit nous faire monter, Pitrachas étoit déja mastre du Palais,& avoit ſousſes ordres plus de trente mille hommes, tant à Louvo que ſur les chemins,ſans compter les forces des Princes, qui étoient pour lors jointes aux ſien-nes contre le parti de Prapié, dans lequel M. Conſtance cherchoit apparem-ment à m'entrainer, quoiqu' il n'oſat pas me déclarer ſes intentions.

PITRAcCHAs voyant que nous étions retournés à Bancok,& qu'il neſeroit pas ſi facile de nous avoir, tant que nous ne ſerions pas diviſés,eüt recours à tous les artifices imaginables pour obliger les deux Princes&la Princeſſe de monter a Louvo, parcequ'il lui étoit de la derniére impor-tance de prevenir qu'ils ne s'uniſfent aux Frangois,& qu'il ne pouvoit a-vancer ſes affaires, auſſi long-tems que les uns& les autres demeureroientmaitres de Siam& de Bancok, par les ſecours reciproques qu'ils ſeroient

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