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DEs FARGES..1688.
Ils aban-donnent un deleurs Forts.
Les Sia-mois s'y lo-gent.
Grand feude part&d'autre.
Action gé-néreuſe d'unOfficier Fran-gois.
Vaines per-ſuaſions duGrand Man-darin.
168 VOYAGES DANS' L E
mois, qui venoient de nous donner tant de preuves de leurs mauvaiſes in-tentions. On ſe hàta de pourvoir du mieux qu'il füt poſſible à la ſuretéde la Place. En meme-tems les hoſtilités commencerent par l'attaque d'unBaàtiment appartenant au Roi de Siam, dont l'équipage avoit refuſé denous vendre des vivres, en nous outrageant de paroles.
Cr ſignal donné pour la guerre, je retirai les Troupes que nous avionsqans le vieux Fort, fitué à*Oueſt de la Riviere, parcequ' il ne nous étoit paspofſible de le conſerver. En même-tems j'ordonnai de démolir les parapets,&Tenclouér toutes les piéces de canon qui ne creveroient pas. Tout celà ne putſi bien s'exécuter, que les Siamois n'en tiraſſent encore beaucoup d'avantage.On ne tarda pas de s'appercevoir qu'ils travailloient à reparer le Fort& à des-enclouér le canon: ainfi lon fut obligé de les aller attaquer avant qu’ils s-yfuſſent logés. Trois Officiers, à la téte de trente hommes, furent comman-dés dans deux Chaloupes pour cette expédition. Ces braves gens firenttout ce qu'on pouvoit attendre de leur courage& de leur vigueur; maisaccablés par la multitude des ennemis, qu'on croyoit en petit nombre, ilsſe virent contraints de ſe retirer avec perte de trois ou quatre hommes.Nous fimes enſuite un grand feu contre ce Fort, pour empecher les Sia-mois d'avancer un cavalier qu'ils élevoient,& qui auroit découvert nô-tre Fortereſſe. Leurs travaux furent détruits pluſieurs fois. Cependant ilss'opiniatroient toüjours à les reparer, quoiqu'il leur en coutaât beaucoup demonde. De leur côté, ils ne ceſſerent pas de nous canonner pendant troisou quatre jours;& peu de nuits ſe paſſoient fans qu'ils nous donnaſſentquelques fauſſes attaques; ce qui joint aux inconveniens du dedans, nousoccaſionnoit des fatigues inexprimables.
DANs P'impoffibilité oò nous étions de recevoir du ſecours du dehors,& ſans eſpérance d'obtenir de compoſition de nos ennemis, nous primesla réſolution de faire ſortir de la Rivière une petite Barque de la Compa-gnie, pour tacher de trouver les deux Vaiſſeaux Siamois, montés par desFrangois, qu'on avoit envoyes en courſe depuis deux mois. On ſentoittout le danger d'une pareille entrepriſe, mais nôtre ſituation la rendoit né-ceſſaire. Un Lieutenant, nommé St.(rik, s'tant mis dans cette Barque,avec neuf Soldats de la Garniſon, deſcendit courageuſement la Riviére,après avoir eſſuyé quelques coups de canon en paſſant ſous le Fort des en-nemis; Mais à peine la Barque étoit-elle hors de nôtre võe, qu'elle fut at-taquée avec tant de furie, que nos gens ne purent empéecher l'abordage.St. Crik, qui s'Stoit deffendu juſques-la, avec beaucoup de bravoure, mitle feu à une partie de ſes poudres& à toutes ſes grenades, qu'il avoit diſ-poſées ſur ſon pont pour écarter la multitude dont il étoit accablé. LaBarque ayant enſuite échous, les Siamois, qui croyoient toutes les pou-dres uſées, revinrent ſans crainte,& montèrent en plus grande foule quela premiere fois. Alors St. Crik mettant le feu à des barrils qu'il avoit re-ſervés, fit fauter& la Barque& tous les Siamois qui étoient defſus. La
lüpart périrent avec lui. Une action ſi géenéreuſe étonna cette Nation,8 acquit une gloire infinie à nos Frangois. W1ö6
DE fon cöté, Pitrachas, fur la premiere nouvelle que je faiſois difficul-té de monter à Louvo avec mes Troupes, n'avoit pas manqué de m'envo-
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