ROYAUME DE SIA M, Lrv. II. r69
yer M. de Metellopolis, comme il ſe l'étoit propoſé; mais ce Prelat étantarrivé dans le tems que nous battions le Fort des ennemis avec le plus deviolence, ne ſervit que de victime à la fureur des Siamois, qui le dépouil-léerent, prirent tous ſes gens priſonniers,& lui mirent enfin la corde aucol, le menagant de l'expoſer à nôtre canon. Le Grand Mandarin vouluttenter encore un dernier moyen, qui fut de me faire écrire par mes En-fans;„ qu'il n'y avoit plus de vie pour eux ſi je ne montois;& que c'e-„ toit encore une grace qu'on leur faiſoit, de leur avoir permis de m'infor-„ mer de l'état& du péril ouù ils ſe trouvoient“. je leur écrivis en répon-ſe, que je donnerois volontiers ma vie pour conſerver la leur; mais quequand il s'agiſſoit de l'honneur du Roi& de la conſervation de ſes Trou-pes, il n'y avoit nuls intéréts qu'il ne fallut ſacrifier; qu'il devoit leur ſuf-fire pour leur conſolation, de n'avoir point de crimes à ſe reprocher,&que le Roi fauroit vanger en ſon tems, les outrages qu'on pourroit leurfaire. 1
PITRAcCHAs n'attendit pas cette réponſe pour changer d'idée. Lesavis qu'il recevoit de la fagon dont nous nous y prenions,& le peu d'ap-parence qu'il voyoit de ſubſtituér la force à la ruſe, pour nous obliger denous conformer à ſes intentions, lui firent juger qu'il y auroit moins deriſque pour lui,& qu'il lui ſeroit plus facile, de travailler à ſe défaire desPrinces. L'un étoit déja entre ſes mains,& il avoit pris ſes meſures pours'aſfͤrer auffi de lautre. II fit donc aſſembler les principaux Mandarinsau Palais, ſe plaignit fortement à eux des Princes, qui, diſoit-il, avoientjuré ſa perte;& ſeur demanda enfin ce qu'ils trouvoient à propos de faireà leur égard. Sa puiſſance étoit trop grande pour que perſonne oſaàt lui ré-ſiſter. D'ailleurs il avoit e ſoin de gagner la plüúpart de ces Mandarinspar de belles promeſſes. Tous concſurent que les Princes étoient desingrats qu'il falloit punir. Aufſi-têt les ordres furent envoyés pour ſefaifir de celui qui étoit à Siam,& l'amener à Louvo. Enſuite on les tranſ-porta un& lautre dans une Pagode prés de Thlée-Pouſſonne, pour lesfaire mourir à coups de bois de fandal, envelopés dans des ſacs d'écarlate.Ceſt ainſi que cet adroit& fourbe Politique parvint à s'ouvrir le chemin auTrône. IIl avoit joué au plus ſur,& de la fagon qu'il s'y étoit pris, s'iln'avoit pu s'emparer de la Couronne ſans trop hazarder, il ſe ſeroit con-tenté de la ſeconde place du Royaume, qui ne pouvoit lui manquer ſous lerêgne des Princes.
LE vieux Roi étoit encore en vie, quand il ſe défit d'eux; mais il mou-rut le jour ſuivant. Pitrachas maitre du Royaume, diſpoſa auſſi- têt desgrandes Charges en faveur de ceux qui l'avoient ſervi; éleva tous les Man-darins qu'il pouvoit encore craindre,& délivra même ceux qu'il avoit faitarréeter, pour ſe gagner le cœur des uns& des autres. II ſoulagea le Peu-ple de ſes ſervitudes,& fit diſtribuer des aumònes publiques, qui achevéè-rent de lui captiver l'affection de toute la Nation; de- ſorte qu'il n'eſt pasarrivé dans le Royaume la moindre fédition ni la moindre revolte à fonoccaſion.
A l'égard de la Princeſſe, fille unique du Roi, il voulut la conſerver pouren faire ſon Epouſe. On dit qu'elle reſſentit une douleur extréeme de la
XII. Part. 82 mort
Dæꝑs FAnovs.
1688
II prend leparti de ſe dẽéfaire desPrinces.
Mort duRoi. Pitrachass'affermit ſurle Trône.
Il Spouſe laPrinceſſe.