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Tome douzième.
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P'OPLEANS.1688.24

176 vVOYAGES DANS L.L E

leurs;& s'étant appliqué d'abord à ſe fortifier, il avoit déja fort avancéſes travaux, lorsqu'il sappergut que peu à peu ſes travailleurs déſertoient,& que les Mandarins de la Province m'avoient plus pour lui la même déferem-ce qu'auparavant. II eũt un différend avec le Gouverneur de Tenaſſerim,qui augmenta ſes défiances. Les Siamois avoient fait à Mergui, un petitFort, commandé par une hauteur, qui étoit aufſi fortifiée;& comme lagarde de ces deux poſtes auroit été tropà charge à une Garniſon de ſix-vingtshommes, la Cour avoit ordonné qu'on démoliroit le Fort d'en-bas, des quecelui d'en-haut ſeroit en état de deffenſe. M. du Bruant voulut exécuter cetordre; mais le Mandarin s'y oppoſa,& le Courier que le premier dépechapour s'en plaindre au Miniſtre, fut arrété en chemin. Dans le même-temsc'autres avis ayant fait connoitre aux Frangois, qu'il ſe formoit de mauvaisdeſſeins contr'eux, M. du Bruant fit appareiller un petit Vaiſſeau Anglois ap-partenant à un particulier;& une Frégate du Roi de Siam, I& les fit tenirfous le canon du Fort. Ce fut ſur ces entrefaites qu'on lui apporta la lettreque Pitrachas avoit oblige M. Des Farges de lui écrire, pour le faire ſortirde ſa Place. Le ſtile extraordinaire de cette lettre, qui n'Stoit d'ailleurs pasſignée, ſuffit pour empecher cet habile Officier de déferer aux ordres qui yEtoient contenus.

Cx refus fut le ſignal de la guerre, qui commenga auſſi-tét par le Siege dela Place. Les ennemis, pluſieurs fois repouſſés, ceſſérent leurs approches,pour dreſſer une batterie ſur une Pagodé voiſine du Fort, qu'ils battirentd'abord avec aſſez de ſuccês: mais les Frangois en ayant élevé une autre àvoppoſite, celle des Aſſiégeans fut bien-tôt démontée. On leur tua même leurCanonnier, qui étoit Portugais,& on les mit tellement en deſordre, qu'ilsne penſerent plus à ſe rendre mattres de la Place que par famine. IIs n'y au-roient pas ſi-tot réüſſi; car on avoit encore des vivres; ſi le puits de la For-tereſſe ne ſe fut éboulé tout-à-coup; de-ſorte que l'eau manquant, la Gar-niſon prit le parti de ſe retirer; ce qu' elle fit en ſi bon ordre, le 24 de Juin,que les Siamois, croyant qu'on alloit les attaquer, s'enfuirent à toutes jam-bes,& laiſſèrent aux Frangois le paſſage libre juſqu'à la Mer.

On ſe feroit embarqué paiſiblement, ſi en deſcendant au rivage, quel-ques Soldats, qui marchoient les derniers, ayant gliſſé par la roideur& parPhumidité du talus, ne fuſſent tombés ſur ceux qui étoient devant eux,&ne leur eſſent caufé par-la une terreur panique, qui leur fit rompre leursrangs,& courir en deſordre vers le Vaiſſeau. Les Siamois s'en étant ap-pergus, vinrent fondre ſur eux en grand nombre,& leur tuêrent quelquesSoldats. D'autres furent noyéës,& parmi ceux- ci un Capitaine nommê Hi-ton, avec une partie de ſa Compagnie. Du Bruant& ſes Officiers, qui a-voient courageuſement ſoꝑtenu les efforts des ennemis, pendant que leursgens s'embarquoient, entrerent les derniers dans les Vaiſſeaux;& aprés a-voir eſfuyé quelques volées de canon, qu'on leur tira du Fort qu'ils venoientd'abandonner, mirent à la voile, malgré les Galéres Siamoiſes qui ſorti-rent du Port pour les ſuivre, mais qui m'oſerent les approcher.

LEs Frangçois& les Anglois étant entrés péle-mêle dans les deux Baâti-mens, on deſcendit dans une Ile pour les ſéparer& pour diſtribuer à chacunſes proviſions. On convint cependant de s aſſiſter mutuẽllement les uns les au-

tres.