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Tome douzième.
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ROYAUME DE SIA M, Ltv. II. 177

tres. Mais les Anglois s'étant rendus volontairement à deux Vaiſſeaux Sia-mois, fur Faſſurance qu'on n'en vouloit pas à eux, ils furent mis aux fers.La Frégate n'échapa de ce danger que pour tomber dans un plus grand, àFoccaſion d'une violente tempête qui J'emportoit avec tant de force, queſi le vent n'eüt changé tout à coup, ce Batiment alloit ſe briſer contreune Ifle voiſine.

CETITE avanture fut ſuivie d'une autre ſur les Cêôtes de Martaban, oùle Pere d' Eſpagnac, Miſſionnaire Jéſuite,& un Officier nommé Beaure-gard(L) étoient deſcendus, pour chercher des vivres dans la premiere Vil-le. IIs furent d'abord bien regus des habitans, qui leur dirent qu'il falloitaller à Syriam auprès du Roi de Pegu, à qui appartient Martaban, pourobtenir ce quü'ils demandoient; ajoũtant que ce Prince le leur accorderoitvolontiers; mais qu'en attendant, c'Stoit la coutume du Pays, que les Vaiſ-ſeaux étrangers miſſent à terre leurs munitions& leur canon. Beauregardfeignant d'accepter cette condition, demanda ſeulement la permiſſion d'eninformer ſon Commandant,& l'ayant obtenus, il lui écrivit pour P'avertirdes mauvais deſſeins de ces Peuples. Ce fut avec beaucoup de douleur queM. du Bruant ſe vit obligé, pour ſauver les Troupes du Roi, d'abandon-ner ainſi deux perſonnes qui lui étoient chéêres. Les embuſcades qu'oncommengoit à Iui dreſſer, à l'embouchure d'une Riviére dans laquelle il étoitentré, lui firent connoitre que s'il s'y fut arrêté plus longtems, il n'enſeroit jamais ſorti. On apprit depuis, que le Jéſulte& l'Officier avoientEté faits Eſclaves. 1—

Là faiſon des ouragans approchant, M. du Bruant ſe retira dans uneIfle déſerte, qui n'offroit, pour toute nourriture, que quelques tortuës& degros ſerpens. Le manque de vivres avoit enfin réduit ſon monde dans ladernière extrémité; lorſque vers la fin de Septembre, on appergut d'aſſezloin un Navire qui venoit aborder dans'Iſle. La frayeur qu'il inſpira fitbien-tôt place à la joye la plus vive, quand le Chevalier du Halgoy étantallé le reconnottre, on eũt appris que c'étoit un Vaiſſeau Frangois, nomméla N. D. de Lorette, appartenant à la Compagnie des Indes. On tira degrands ſecours de cette rencontre; M. du Bruant ayant crü, dans les cir-conſtances ou il ſe trouvoit, devoir arrêter ce Bàtiment pour le ſervice duRoi, il en partagea les proviſions; après quoi ils prirent enſemble la routede Bengale. Les vents& les flots ne leur furent pas plus favorables qu'ilsFavoient été juſques-là;& ils avancèrent ſi peu, qu'ayant entièrement con-ſumé leurs vivres, ils ſe virent encore une fois obligés de ſe livrer à la diſ-crétion des Indiens, dans la Rivière d'Aracan, ouù ils réſolurent de relächer.

LE ſouvenir de ce qui&toit arrivé à Beauregard, n'empécha pas le Che-valier du Halgoy de s'expoſer pour ſauver les autres,& d aller à la Capi-tale du Pays, demander les choſes dont on avoit beſoin. On n'eſt pas toũ-jours malheureux. Le Roi d'Aracan avoit un Premier Miniſtre, nommé leDu, Frangois de Nation. Ravi de trouver, dans un Pays ſi éloigné, uneoccaſion ſi ſinguliére de ſervir ſon Roi& ſa Patrie, cet Avanturier don-

na

(b) Cet Officier, qui fut Gouverneur de été envoyé à Tenaſſerim: Voyez ci- deſſus,Bancok après le Chevalier de Forbin, avoit pag. 77& 130.

XII. Part. Z

D'ORLEANS.

1688.