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DrEgschrrIoNDU RoYAUMEDE SIAM.
Figure desSiamois.
Commentils portentleurs che-veux.
Leur habil-lement com-mun.
190 VOYVAGES DANSBSBLE
qu'on appelle à Siam les quarante Nations, étant venus le ſaluer en qualitéd'Envoyé de France, il ne compta que vingt-&-une Nations différentes(9).I! ajoũte que la Ville& le Pays n'en ſont pas plus peuplés. Les Siamoistiennent tous les ans un compte exact des hommes, des femmes& des en-fans:& dans un Royaume qd'une ſr grande étendue, ils n'avoient trouvé;,la derniere fois, de leur propre aveu, que dix-neuf cens mille ames. Ala vérité, il n'y faut pas comprendre un grand nombre de Fugitifs, quiſe retirent dans les forets, pour ſe mettre à couvert de l'opprefſion desGrands(t).
LEs Habitans naturels du Pays ſont plutéòt petits que grands, mais ilsont le corps bien fait. La figure de leur viſage, dans les hommes commedans les femmes, tient moins de lovale que de-la loſange. II eſt large&élevé par le haut des joues, mais tout d'un coup leur front ſe rétrecit,&ſe termine preſqu'autant en pointe que le menton. IIs ont les ycux petits,d'une vivacité médiocre. Le blanc en eſt ordinairement jaunàtre. Leursjoues ſont creuſes, parcequ' elles ſont trop élevées par le haut; leur bouchegrande, leurs lèvres groſſes& pales,& leurs dents noircies par uſage dubétel. Leur teint eſt groſſier, d'un brun melé de rouge; à quoi le halecontribue autant que la naiſſance. IIs ont le nez court& arrondi par lebout,& les oreilles fort grandes. Ceſt une partie eſſentielle de leur beau-té que la grandeur des oreilles;& ce goüt eſt commun à tous les Orien-taux, avec cette différence, que les uns tirent leurs oreilles par le bas pourles allonger,& ne les percent qu'autant qu'il eſt néceſſaire pour y mettredes pendans; au-lieu que d'autres, apres les avoir percées, aggrandiſſentle trou peu-à-peu, en y mettant des bâtons dont ils augmentent par degrésla groſſeur, comme dans le Royaume de Laos, juſqu'à pouvoir y paſſer lepoing. Celles des Siamois ſont naturellement grandes, ſans que ſ'art y con-tribue. IIs ont les cheveux noirs, grofſiers& plats. L'un& Pautré ſexeles porte ſi courts, qu'ils ne deſcendent autour de leur téte qu'à la hauteurdes oreilles. Les jeunes gens à marier, ſans diſtinction de fexe, ont Pu-ſage de les tondre au cizeau, fort près du haut de la tete,& d'en arracherau-deſſous un petit cercle de'épaiſfeur de deux écus, ſous lequel ils laiſ-ſent crottre le reſte juſqu'aux épaules. Les femmes ne mettent aucun fard.Mais la Loubere ayant obſervé qu'un Seigneur avoit les jambes bleues,d'un bleu mat, tel qu'il reſte après Paction de la poudre à tirer, on luiapprit que c'etoit une diſtinction particulière aux Grands, qui ont plus oumoins de bleu, ſuivant leur dignité,& que le Roi de Siam étoit bleu de-puis la plante des pieds juſqu'au creux de l'eſtomac. Cependant d'autresTaſſurérent que c'etoit moins par grandeur que par ſuperſtition.
LEs Siamois ſont preſque nuds. Ils vont nuds-piés& nue-téte. Labienſgance leur fait porter ſeulement, autour des reins& des cuiſſes, juſ-qu'au deſſous du genou, une piece de toile peinte, d'environ deux aunes& demie de long. Quelquefois, au lieu d'une toile peinte, c'eſt une étof-fe de ſoye, ou ſimple, ou bordée d'une broderie d'or ou d'argent.
LEs
) Ibidem, pag. 29.
8. 2
(4(*) Voyez le ſecond Voyage du Père Tachard.