Défenſesnaturelles duKRoyaume deSiam.
Fortuned'un Valet
Frangois.
ArtillerieSiamoiſe.
210 VOYVAGES DANSLE
plus de vingt ans. Ce ſervice demeura ſans récompenſe;& Cyprien rebu-té de quelques intrigues de Cour, qui avoient refroidi les génereuſes incli-nations du Roi de Siam, prit le parti de ſe retirer à Surate.
QuvuoroauEr la Nature n'ait pas rendu les Siamois plus propres à la Guerre, ils ne laiſſent pas de la faire ſouvent avec avantage, parceque leurs voi-ſins ne ſont ni plus puiſſans ni plus braves qu'eux. Cependant, le Roimentretient pas d'autres Troupes qu'une Garde étrangère. Le Chevalier deForbin avoit enſeigné l'exercice des armes à quatre cens Siamois;& lorſ-qu'il eut quitté Siam, un Anglois, qui avoit éré Sergent à Madras, ſur laCôte de Coromandel, donna les mêmes legons à huit cens autres SiamoisMais ces Soldats n'ont pas d'autre ſolde que l'exemption des corvées, poureux-méêmes& pour quelques perſonnes de leur famille. Comme ils ne peu-vent ſe nourrir hors de chez eux, ils demeurent dans leurs Villages, les unsautour de Bancok, les autres aux environs de Louvo, pour la fureté deces deux Places, où ſe rendant tour-à-tour par détachemens, ils font unegarde continuelle. Dans les autres lieux du Royaume, qui ont beſoin dedéfenſe, les Garniſons ſont compoſées de Siamois libres, qui fervent parcorvées, comme dans les autres occaſions,& qui ſont relevéês par d'autres,lorſqu'ils ont achevé leur tems.
LE Royaume de Siam eſt naturellement ſi bien défendu par ſes forètsimpénétrables, par la multitude de canaux dont il eſt coupé,& par ſesinondations annuelles, que les Habitans ont toꝑjours négligé le ſecours desPlaces fortes. IIs craindroient de les perdre& de ne les pouvoir repren-dre. Celles qu'ils ont, en petit nombre, ſoũtiendroient à peige la premiè-re inſulte d'une troupe aguerrie. Quelques années avant Ambafſade duChevalier de Chaumont, le Roi ſouhaitant de faire conſtruire un Fort ſurla frontiéere du Pegu, choiſit pour'exgeution de cet important deſſein, unValet de la Miſſion de S. Lazare de Paris, qui étoit paſſé à Siam au ſervicedes Mifſions Etrangéères. Toute ſon habileté conſiſtoit à faire une ſaignée.Mais, aprés s'etre defendu long-tems d'entreprendre un ouvrage, dont ilignoroit les principes, 1l ne put réſiſter à l'ordre abſolu du Roi;& pourprix de ce ſervice, il obtint le Gouvernement de Jonſalam, qu'il exergaPeſpace de trois ou quatre ans avec beaucoup d'approbation. Enſuite, ayantobtenu la permiiſion de retourner à Siam, il eut pour Succeſſeur, dans ſonemploi, le Maitre d'Hotel du Chevalier de Chaumont, qui ſe nommoitBy(4). On a vo, dans les deux Voyages du Pêre Tachard, qu'un In-génieur Frangois de FAmbaſſade demeura au fervice du Roi pour forrifierBancok& Louvo.
LRs Siamois-ont peu d'artillerie. Un Portugais de Macao, qui eſt mortA leur fervice, leur a fondu quelques pièces de canon;& les Frangois leuront fait préſent-de quelques autres ꝑiéces. Mais ils entendent peu lart d'enfondre cux-memes. IIs en font de fer battu à froid. Parmies proſens queleurs Ambaſfſadeurs apporterent en France, on comptoit deux pieces defer enrichies d'or& d argent(t). j
LEUR(&) Pag. 277,(*), Voyez la Relation du Chevalier de Chaumont.