ROYXAUME DE SIA M, Lrv. II. 213
gaiſons& ſes dérivés; ce que le Siamois n'a point. Dans cette ſecondeLangue, J'arrangement ſeul marque les cas des noms. Quant aux conju-gaifons, elle a feulement quatre ou cinq particules, qui ſe mettent tantôtdevant le verbe, tantôt après, pour ſignifier le nombre, les tems& lesmodes. Le Dictionnaire Siamois n'eſt guéres moins ſimple: c'eſt-à-dire
ue cette Langue eſt peu abondante; mais le tour de la phraſe n'en eſt queplus difficile par ſes variétés. La Loubere s'efforce de faire comprendre,par des exemples, la difficulté de ces tours. Cœur bon, par exemple, ſigni-fie content. Ainſi pour dire ſi j'etois à Siam je ſerois content, les Siamois di-roient dans leur Langue; ſi moi&tre Ville de Siam, moi cæur bon beaucoup. Sii,qui ſignifie lumiere,& par métaphore beautsé, ſe joint, par une ſeconde mè-taphore à Pak, qui ſignifie bouche;& ſii pack ſignifie les lovres, comme ſi l'ondiſoit la lumiore ou la beauté de la bouche. La gloire du bois ſignifie fleur. Lefils de Peau veut dire en général tout ce qui s'engendre dans l'eau, ſans éêtrepoiſſon; comme les crocodiles,& toutes ſortes d'inſectes aquatiques. Dansd'autres expreſſions, le mot de jils ne ſignifie que la petitelſe des choſes; lefilg des poids, ſignifie un petit poias: au contraire le mot de Mere s'employepour exprimer la groſſeur ou la grandeur. De tous les mots de cette Lan-gue, le même Voyageur ne connoit que P0& Mé, qui ayent quelque rap-port aux nôtres. IIs ſignifient en Siamois, Po᷑re& Mere(a).
AFPREs la lecture& Pécriture, Farithmétique eſt preſque'unique étudede la jeuneſſe Siamoiſe. Elle a, comme la nôtre, dix caractéres, dont lezero eſt figuré de meme,& prend les mêmes valeurs dans le même arrange-ment, c'eſt-à-dire, que les nombres ſe placent de la droite à la gauche, fui-vant l'ordre naturel des puiſſances du nombre de dix. Le caſcul des Sia-mois ſe fait avec la plume, différent de celui des Chinois, qui ſe ſerventd'un inſtrument, dont Martini fait remonter l'invention juſqu'à deux milleſix ou ſept cens ans avant Jeſus-Chriſt. En général les Marchands du Paysſont ſi exercés à compter, qu'ils peuvent réſoudre ſfur le champ des queſtionsd'arithmétique trêès-difficiles. Mais ils ne reviennent jamais à ce qu'ils nepeuvent réſoudre ſur le champ. Le caractère eſſentiel des hommes, dansjes climats tres-chauds ou três-froids, eſt la pareſſe d'eſprit& de corps; a-vec cette différence, qu'elle déegenere en ſtupidité dans les Pays trop froids,& que dans les Pays trop chauds, il y a toüjours de l'eſprit& de l'imagina-tion; mais de cette ſorte d'imagination& d'eſprit, qui ſe laſſe bien-tõt dela moindre application.
LEs Siamois congoivent facilement; leurs reparties ſont vives& promp-tes; leurs objections ſont juſtes. On croiroit qu'un peu d'étude peut lesrendre habiles dans les plus hautes Sciences& dans les Arts les plus difficiles.Mais leur pareſſe invincible détruit tout d'un coup cette eſpérance.
ILs ſont naturellement Poëtes. Leur Poéſie conſiſte, comme la nôtre,dans le nombre des ſyllabes& dans la rime; cependant nos plus ingénieuxVoyageurs ont peine à comprendre qu'elle puiffe s'accommoder d'une Lan-gue compoſée de monoſyllabes, remplie de voyelles fort accentuées& de. diph-
(a) Uhbi ſup. pag. 182. On trouvera, à la fin de cet article, quelques exemples decette Langue.
Dd 3
DeschrPrIoN(DU RovAuMzDE SIAM.
Etude del'arithméti-que.