DzschrPTIONDuU RovAuM.EDE SIAM.Exercices
du corps.
Arts& Ar-
tiſans.
Arts lesIng exerceplus exercésà Siam.
Fondeurs.
218 vVOYAGES DANS L. E
LEs exercices du corps ſont aufſi négligés à Siam que ceux de l'eſprit.On n'y voit perſonne qui connoiſſe l'art de manier un cheval. Les Siamoisn'ont point d'armes, ſi le Roi ne leur en donne;& ce m'eſt qu'apres avoir
egu de lui les premières, qu'il leur eſt permis d'en acheter d'autres. IIsne peuvent s'exercer à leur uſage que par ſon ordre. A la Guerre même,ils ne tirent point le mouſquet debout, mais en mettant un genou à terre;& ſouvent ils achèvent de s'aſſeoir ſur le talon, en 6tendant devant eux lajambe qu’ ils mont pas fléchie. A peine ſavent-ils marcher, ou ſe tenirde bonne grace ſur leurs jambes. IIs ne tendent point aiſément les jar-rets, parce qu'ils ſont accoutumés à les tenir tout-àA- fait pliés. Les Fran-gois leur ont appris à ſe tenir debout ſur les armes;& juſqu'à Parrivée duChevalier de Chaumont, leurs ſentinelles méêmes s'aſſeyoient à terre. Loinde s'exercer à la courſe, ils ne connoiſſent pas le plaiſir de marcher pourla promenade. La ſeule chaleur du climat produit aſſez de difſipation.En un mot la courſe des Balons eſt leur unique exercice,& déès làge dequatre ou cinq ans, tout le monde apprend à manier la rame& la pagaye.Kuſſi les voit-on ramer trois jours& trois nuits, avec une légereté admi-rable,& preſque ſans aucun intervalle de repos; quoiqu' ils ne ſoyent gue-res capables de ſupporter tout autre travail()..
ILs ſont mauvais Artiſans; un Ouvrier Siamois n'oſe aſpirer à la moin-dre diſtinction dans ſon Art. Sa réputation Pexpoſeroit à ſe voir forcéde travailler gratuitement toute ſa vie, pour le ſervice du Roi. Commeils ſont employés indifféremment à toutes ſortes d'ouvrages, dans leurs ſixmois de corvées, chacun s'attache à faire un peu de tout, pour éviter lesmauvais traitemens; mais perſonne ne veut trop bien faire, parceque lafervitude eſt le prix de habileté. Cinq cens Ouvriers ne feroient pas,dans l'eſpace de pluſieurs mois, ce qu'un petit Hombre d Européens ache-veroient en peu de jours.
VorcI les Arts qu'ils connoiſſent. Ils ſont aſſez bons Menuiſiers;&comme ils n'ont pas de cloux, ils entendent fort bien les aſſemblages.é IIsſe mélent de ſcuſpture, mais groſſiéerement. Les ſtatues de leurs Tem-ples ſont de fort mauvais goũt. IIs favent cuire la brique& faire d'ex-cellent ciment. En général, ils n'entendent pas mal la magonnerie. Ce-pendant leurs Edifices de brique durent peu, faute de fondemens. IIs n'enfont pas même à leurs fortifications. Siam n'a ni criſtal fondu, ni verre;& cC'eſt une des choſes qu'ils aiment le mieux. Le Roi trouvoit fort à ſongré les verres taillés à facettes, qui multiplient les objets. II demandoitaux Frangois des vitres entiéres, avec la même propriété.
LEs Siamois favent fondre les métaux& jetter des ouvrages en moule.IIs revétiſfent fort bien leurs Idoles d'une lame fort mince, ou d'or, oud'argent, ou de cuivre; quoiquelles ne foyent ſouvent que d'énormes maſ-ſes de brique& de chaux. La Loubere avoit apporté en Erance un pe-tit Sommona Codom, revétu d'une lame de cuivre dorée. Certains meu-bles du Roi, la garde de fer des ſabres& celle des poignards, dont ilfait préſent à queſques-uns de ſes Officiers,& quelquefois à des Etran-
gers,(X) Tbid. pag. 212..