DzschrPrIoNDU RovAUMkEDE SIAM.
Caractèregénéral de laNation.
224 VONXAGES DANS L E
mendicité n'eſt pas ſeulement honteuſe à celui qui mendie, mais à toute ſafamille.
ILs attachent encore plus d'opprobre au vol. Les plus proches parensd'un voleur n'oſent prendre ſa defenſe.„ II n'eſt pas étrange, ſuivant la„ Loubere, que le vol ſoit eſtimé infaàme dans un Pays ou l'on peut vivre„ à ſi bon marché(†)“*. IIs mettent l'idée de la parfaite juſtice à ne pasramaſſer les choſes perdues; c'eſt-à-dire, à ne pas profiter d'une occaſion ſifacile d'acquérir(g).
Ir paroft certain, par le témoignage de tous les Voyageurs, que la bon-ne-foi eſt extréme à Siam, dans toutes ſortes de commerces. Mais luſu⸗-re y règne ſans bornes. Les Loix n'y ont pas pourvu. L'avarice eſt le vi-ce eſſentiel des Siamois; avec cette odieuſe aggravation, qu'ils n'amaſſentdes richeſſes que pour les enfouir. Ils ont d'ailleurs de la douceur, de la po-liteſſe,& peu d'inquietude pour les événemens de la vie. IIs ſe poſſéẽdentlong-tems; mais lorſqu'une fois leur colere s'allume, ils ont peut-étre moinsde retenue que les Européens. C'eſt principalement par la calomnie, qu'ilsexercent leurs haines ſecrétes& leurs vengeances. Ils ont horreur de Fef-fuſion du fang: cependant, ſi leur haine va juſqu'à la mort, ils aſſaſſinentou ils empoiſonnent. La vengeance incertaine des duels n'eſt pas connueà Siam. Leurs querelles ordinaires ſe terminent à coups de coude, ou par
des injures.
LàA timidité, l'avarice, la diſſimulation, la taciturnité,& l'inclination
au menſonge, font des vices naturels qui croiſſent avec eux.
Ils ſont opi-
niatres dans leurs uſages, par indolence, autant que par reſpegt pour lestraditions de leurs Ancetres. IIs ont ſi peu de curioſité qu'ils n'admirent
f) Cependant le Pêre d'Eſpagnac, undes Miſſionnaires Jéſuites du ſecond Voya-ge de Tachard, étant un jour ſeul dans ledivan de leur Maiſon, vit un Siamois quivint prendre hardiment, devant lui, un beautapis de Perſe ſur une table. Ce bon Jéſui-te laiſſa faire le voleur, parcequ’'étant appa-remment dans la même prévention que laLoubere, il ne put ſe perſuader que ce futun vol. On ſait que dans le Voyage queLouis XIV. fit faire en Flandres, aux Am-baſſadeurs de Siam, un des Mandarins quiles accompagnoient, prit une vingtaine dejettons dans une maiſon où ils étoient priésà diner. Le lendemain ce Mandarin, per-ſuadé que les jettons étoient de la monno-ye, en donna un pour boire, à un laquais.Son vol fut reconnu par cette imprudence,mais on n'em témoigna rien.
La Loubere raconte lui-même un autretrait, qui prouve la force du penchant desSiamois pour le vol. Un Officier des Ma-gaſins du Roi de Siam lui ayant volé quel-que argent, ce Prince ordonna que pour
rien.ſupplice on lui ſit avaller trois ou quatre on.ces d'argent fondu. II arriva que celui quieut ordre de les üter de la gorge du cou-pable, ne put ſe défendre d'en derober unepartie. Le Roi fit traiter ce ſecond voleurcomme le premier. Un troiſième ne réſiſtapoint à la tentation du même crime, c'eſt-à-dire, qu'il déroba une partie de l'argentqu'nl tira de la gorge du dernier mort. LeRoi de Siam, en lui faiſant grace de la vie,dit agréablement:„ C'eſt aſſez; je ferois„ mourir tous mes Sujets l'un après l'autre,„ ſi je ne me déterminois une fois à pardon-„ ner“*. Uhbi ſup. pag. 230.
(g) C'toit une des Loix de Platon, quiPavoit peut-tre priſe des anciens Stagyrites.Elle étoit conge dans ces termes: Ce que tun'as pas mis quelque part, ne en ôte point.Les Chinois, pour vanter le bon gouverne-ment de quelques uns de leurs Princes, di-ſent que fous leur règne la Juſtice étoit ſireſpectée, que perſonne ne touchoit à cequ'il trouvoit d'égaré dans un grand che-min.