ROYAUME DE SIA M, Lrv. II.
tacles ne ſont pas fréquens,& n'ont ni jours marqués, ni prix certain, nithéâtres publics. Ainſi la ſfageſſe, parmi les femmes, tourne heureuſementen habitude. Cependant tous les mariages ne ſont pas chaſtes: mais onaſfura du moins la Loubere, que tout autre amour, plus déreglé que celuides femmes, eſt ſans exemple entre les Siamois(d).
„ LA jalouſie, dit-il, n'eſt parmi eux qu'un pur ſentiment de gloire, qui„ augmente à proportion que leur fortune s'éleven“. Les femmes du Peu-ple jouiſſent d'une entiêre liberté. Celles des Grands vivent dans la retrai-te, elles ne fortent que pour quelque viſite de famille, ou pour affiſter auxexercices de la religion. Dans ces occaſions, elles paroiſſent à viſagecouvert;& lorſqu elles vont à pied, on ne les diſtingue pas aiſémentfemmes de leur fuite(·).
Le reſpect pour les vieillards n'eſt pas moins en honneur à Siam qu'à laChine. De deux Mandarins, le plus jeune, quoique le plus élevé en di-gnité, cede la premiere place à l'autre. Un menſonge eſt puni, lorſqu'ils adreſſe au Supérieur. L'union& la dépendance ſont des vertus ſi bien é-tablies dans les familles, qu'un fils, qui entreprendroit de plaider contreſon pêere, ſeroit regardé comme un monſtre. Auſſi le mariage n'eſt-il pasun état redouté. Lintérét n'y diviſe point les eſprits,& la pauvreté n'y
22½
dé-des
eſt jamais onéreuſe.
Les Frangois, dans leur ſéjour à Siam, n'y remarquè-rent que trois mendians; gens fort àgés& ſans parenté.ſouffrent jamais que leurs parens demandent l'aumõne.
Les Siamois neIls nourriſſent cha-
ritablement leurs pauvres, lorſqu' ils ne peuvent ſubſiſter de leur travail. La
(à⁴) Ibid. pag. 224.
(°) On aſfura le même Voyageur que cel-les du Roi trouvent quelquefois le moyende ſe faire des Amans,& que la manière or-dinaire dont le Prince les punit, eſt de lesſoumettre d'abord à un cheval, qui eſt accou-tumé à l'ämour des femmes; après quoi illeur fait donner la mort:„, IIl y a quelques„ années, ajoute-t'il, qu'il en abandonna„ une aux tygres. Ces animaux l'ayant é-„ pargnée, il voulut lui faire grace: mais„elle fut aſſez indignée pour refuſer la vie,„ avecitant d'injures, que le Roi la regardant„ Comme une enragée, ordonna qu'ellemourüt. On irrita les tygres, qui la déchirèrent en ſa préſence. II n'éſt pas ſi„ für qu'il faſſe mourir les Amans; mais au„ moins il les fait bien chatier. L'opinion„ commune eſt que ce fut une faute de cet-„te nature, qui cauſa la dernière diſgrace„ du feu Barcalon, frére atné du premier„ Ambaſſadeur de Siam qu'on ait vü en„ France. Le Roi ſon Mattre le fit baſ-„ tonner très-rudement,& ceſſa de le voir,„ſans lui 6ter néanmoins ſes charges. Au„ Contraire, il continua de ſe ſervir de lut,„ Ppendant les ſix mois qu'il ſurvécut aux
men-
„ Ccoups qu'il avoit regus. II prépara même„ de’ ſa propre main tous les remêèdes que„le Barcalon prit dans ſa dernière maladie,„ parceéque Perſonne n’'oſoit lui en donner,„de peur d'etre accuſé de la mort d'un hom-„ me ſi cher à fon Mattre. Pag. 226.
On lit encore, dans la Loubere, que lesSeigneurs Siamois ne ſont pas moins jalouxde leurs filles que de leurs femmes.„ IIs„vendent celles qui deviennent galantes, à„ un certain homme, qui, moyennant un„ tribut qu'il paye au Roi, a droit de les„ proſtituer. On raconte qu'il en a eu juſ-„ qu’à ſix cens, toutes filles d'Officiers de„ conſidération. II achéte auſſi les femmes,„ quand les maris les vendent, apréès les a-„ voir convaincués d'infidélité. Ibid. pag.„ 227.0. Le titre& la-fonction de ce cer-tain bomme ſe trouvent expliqués dans un au-tre endroit du même Auteur.-„ Cet infaà-„ me, dit-il, qui achéte les femmes& les„filles,&c., porte le titre d'Oeya. On l'ap-„ pelle Oc-ya Meen. C'eſt un homme fort„ mépriſé. II n'y a que les jeunes débau-„ chés qui ayent commerce avec lui. Ibid,„ Pag. 259.-
DEschrprIox*(DU RovAUMEDE SIAM.
Les Siamoisſont peu ja-loux.
Qualités
morales desSiamois.