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Tome douzième.
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ROYAUME DE SIA M, Lrv. II. 22

Pagayeurs ont des chants, ou des cris meſurés, à Paide deſquels ils plon-gent la pagaye, avec un mouvement de bras& d'épaules aſſez vigoureux,mais facile& de bonne graàce. Le poids de cette eſpêèce de Chiourme ſertde leſte au Balon,& le tient preſqu'à fleur d'eau. De-là vient que les pa-gayes ſont ſi courtes. L'impreſſion que le Balon regoit de tant d'hommes,qui plongent en même-tems la pagaye avec effort, produit un balancementagréable, qui ſe remarque encore mieux à la poupe& à la proue, parce-qu'elles ſont plus élevées,& qu'elles repréſentent le col& la queue d'undragon, êu de quelque poiſſon monſtrueux, dont les pagayes paroiſſent lesalles ou les nageoires. A la proue, un ſeul Pagayeur occupe le premierrang, ſans qu'il puiſſe avoir un Compagnon à ſon còôté, ni croiſer mêmeles jambes, dont il eſt obligé d'étendre l'une en dehors, par-deſſus un bä-ton qui ſort du cêté de la proue. C'eſt lui qui donne le mouvement à tousles autres. Sa pagaye eſt un peu plus longue, parcequ’il eſt plus éloignéde Feau. Celui qui gouverne ſe tient debout, à la poupe, dans un en-droit où elle s'éléve déja beaucoup. Le gouvernail eſt une pagaye fortlongue, qui ne tient point au Balon,& que celui qui gouverne ſoũtientperpendiculairement dans l'eau, tantôt du cêôté droit& tantêt du côtégauche.

LEs femmes eſclaves manient la pagaye, aux Balons des Dames. Dansles Balons ordinaires, on voit au centre une loge de bois, ſans peinture&ſans vernis, qui peut contenir toute une familſe;& quelquefois, un ap-pentis plus bas, devant cette loge. Quantité de Siamois n'ont pas d'autrehabitation. Mais les Balons de cérémonie, ou ceux du Roi, que les Por-tugais appellent Balons AEtat, n'ont au milieu qu'un ſiéege, qui occupepreſque entiérement leur largeur,& qui ne peut contenir qu'une perſonne,armée de la lance& du ſabre. Si c-'eſt un Mandarin inférieur, il n'a qu'unſimple paraſol, pour ſe mettre à couvert. Un Mandarin plus conſidérableeſt fur un ſiège plus élevé, couvert de ce que les Portugais ont nomméChiroles,& que les Siamois nomment Coup. C'eſt une eſpêce de berceau,ouvert par-devant& par derriére, compoſé de bambous fendus& entre-laſſés,& revéètu d'un vernis noir ou rouge. Le vernis rouge appartient auxMandarins de la main droite,& le noir à ceux de la main gauche. Lesbords de la Chirole ſont dorés, de la largeur de trois ou quatre pouces.Cleſt la forme de ces dorures, qui ne ſont pas pleines,& qu'on prendroitpour de la broderie, qui diſtingue le degré de la dignité du Mandarin. Onvoit quelques Chiroles couvertes d'étoffe; mais elles ne ſervent que pourla pluye. Celui qui commande'Equipage ſe place, les jambes croiſées, de-vant le ſiege du Mandarin, à l'extremité de Peſtrade du ſiege. S'il arriveque le Roi paſſe, le Mandarin deſcend ſur ſon eſtrade& s'y proſterne.Tout'Equipage prend la même poſture;& le Balon demeure immobile,juſqu'à-ce que celui du Monarque ait diſparu.

LEs Chiroles& les Pagayes des Balons d'Etat ſont fort dorées. Cha-que Chirole eſt foutenue par des colonnes,& ſurmontée de pluſieurs ouvra-ges de ſculpture en pyramides. Quelques-unes ont des appentis contre leSoleil. Le Balon, qui porte la perſonne du Roi, a quatre Officiers pourcommander]'Equipage; deux devant l'eſtrade& deux derriere. Comme

2 Ces

DzscamrforDU RovAnbgDE SIAM.

Diverſesſortes de Ba-lons.

Chirolos.

Richeſſedes Balonsd'Etat.