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Tome douzième.
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DrschrPrIoNDU RovxAUMEDE SIAM.

Bonheur duDieu des Sia-mois.

Les hom-mes peuventdevenirDieux.

Etat deſainteté.

Bizarre idéede l'Enfer&du Paradis.

ſuite de raiſonnemens, mais dans une vüe claire& ſimple, qui lui repré-ſente tout d'un coup les préceptes de la loi, les vices, les vertus& les ſe-crets les plus cachés de la Nature; le paſſé, le préſent& Pavenir, le Ciel,la Terre, le Paradis, l'Enfer, toutes les parties du Monde que nous vo-vons,& ce qui ſe paſſe même dans d'autres Mondes que nous ne connoiſ-ſons pas. II ſe repréẽſente avec clarté tout ce qui lai eſt arrivé depuis lapremieère tranſmigration de ſon ame juſqu'à la derniere.

CEPENDANT fon-bonheur n'eſt accompli, que lorfqu'il meurt pour neplus renattre. Alors, ne paroiſſant plus fur la terre, il n'eſt plus ſujet àaucune miſère. Les Docteurs Siamois comparent cette mort à un flambeauéteint, ou au ſommeil, qui nous rend inſenſibles aux maux de la vie: aveccette différence, qu'en mourant, Dieu en eſt délivré pour toüjours; au-lieu que le ſommeil n'eſt pour les hommes qu'une ſuſpenſion paſſagère. Unautre Dieu lui ſuccéède. Ce règne de chaque Divinité dure un certain nom-bre d'années, juſqu'à-ce que le nombre des Elâs, que ſes mérites doiventſanctifier, ſoit entiérement rempli; après quoi, diſparoiſſant du Monde,elle tombe dans un repos éternel, qui n'eſt rien moins qu'un anéantiſſe-ment. Celle qui ſuccède entre dans tous les droits& gouverne l'Universà ſa place.

LEs hommes peuvent devenir Dieux: mais c'eſt après avoir acquis, parde longues épreuves, une vertu conſommée. Ce n'eſt pas même aſſez d'a-voir fait quantité de bonnes œuvres, dans les corps qui ont ſervi de demeu-re à leur ame; il faut qu'à chaque action, ils ſe ſoyent propoſé de méri-ter la condition divine, en prenant à témoin de leurs bonnes œuvres, lesAnges qui préſident aux quatre Nations du Monde; qu'ils ayent verſé deTeau, en implorant le ſecours de l'Ange gardienne de la Terre, nomméeNaang Pbrathorani: car ils Stabliſſent une différence de ſexe parmi lesAnges. Ceux qui aſpirent à devenir Dieux obſervent ſoigneuſement cettepratique.

OuranE F'état divin, qui eſt le ſuprême degré de la perfection, ils enadmettent un moins élevé, qu'ils appellent état de ſainteté. II ſuffit, pouretre ſaint, qu'après avoir paſſé dans pluſieurs corps, on ait acquis beau-coup de vertus,& que chaque action ait eu la ſainteté pour objet. Les pro-priétés de cet état ſont les mêmes que celles de état divin, avec cettedifférence, que Dieu les a par lui-même,& que les Saints les tiennent delui par les inſtructions qu'il leur donne. La ſainteté n'eſt conſommée auſſi,que lorſque les Saints meurent pour ne plus renattre,& que leurs amesſont portées dans le Paradis, pour y jouir d'une éternelle félicité.

Counz les Siamois ſont aſſez éclairés pour reconnoitre que le vice doitetre puni,& la vertu récompenſée, ils croyent un Paradis, qu'ils placentdans le plus haut Ciel,& un Enfer, qu'ils mettent au centre de la Terre.Mais ils ne peuvent ſe perſuader que l'un& l'autre ſoyent éternels. IIs di-viſent l'Enfer en huit demeures, qui ſont huit degrés de peine;& le Ciel,en huit différens degrés de béatitude. Le Ciel, dans leurs idées, eſt gou-verné comme la Perre. IIs y mettent des Pays indépendans un de Pau-tre, des Peuples& des Rois. On y fait la guerre, on y donne des batail-les. Le mariage méme n'en eſt pas banni; du moins, dans la premiere,

la