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Tome douzième.
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ROYAUME DE SIA M, LIv. I1. 245

LEs Talapouines ſe nomment Nang-Tchüi, en langue Siamoiſe. Ellesn'ont pas beſoin d'un Sancrat pour leur donner l'habit, qui eſt blanc, com-me celui des Tapacaou. Auſſi ne paſſent- elles pas tout-à-fait pour Reli-gieuſes. Un ſimple Supérieur préſide à leur réception, comme à celle desNens ou des jeunes Talapoins. Quoiqu'elles renoncent au- mariage, on nepunit pas leur incontinence avec autant de rigueur que celle des hommes.Au lieu du feu, qui eſt le ſupplice d'un Talapoin, furpris avec une fem-me, on livre les Talapouines à leur famille, pour les chàtier du baâton.Les Religieux Siamois de'un& l'autre ſexe ne peuvent frapper perſonne.

L'kbLECTION des Supérieurs, Sancrats ou ſimples Tohaou-Vats, ſe faitdans chaque Couvent à la pluralité des voix;& le choix tombe orqdinai-rement ſur le plus vieux ou le plus ſavant Talapoin. Si la piété porte unParticulier à faire bätir un Temple, il choifit lui-même quelque vieux Ta-lapoin, pour Supérieur de ce nouvel établiſſement;& le Couvent ſeforme autour du Temple, à meſure qu'il ſe préſente de nouveaux Ha-bitans. Chaque cellule ſe bàtit à Tarrivée de celui qui doit l'occuper(r).

CE n'eſt pas une petite entrepriſe, que celle d'expliquer Pobjet du cul-te des Talapoins& la Religion des Siamois. Tachard, que ſes lumieresnaturelles& la qualité de Théologien relévent beaucoup au-deſſus du com-mun des Voyageurs, mérite ſfans contredit la préférence que je veux don-ner à ſes obſervations. II déclare que la Religion Siamoife eſt fort bizar-re,& qu'elle ne peut être parfaitement connue par les livres Balis. Lalangue qui porte ce nom n'eſt entendue que d'un petit nombre de DocteursTalapoins, dont elle fait l'unique étude. Cependant le zêele des Miſſion-naires leur a fait ſurmonter cet obſtacle. Voici, ſuivant le Pêre Tachard,ce qu'on a pü déméler dans une matièére ſi obſcure().

LEs Siamois croyent un Dieu; mais ils entendent par ce grand nom unEtre compoſé d'eſprit& de corps, dont le propre eſt de ſecourir les hom-mes;& ſon ſecours conſiſte à leur donner une loi, à leur preſcrire lesmoyens de bien vivre, à leur enſeigner la véritable Religion,& les Scien-ces qui ſont néceſſaires à leurs beſoins. Les perfections qu'ils lui attribuentſont l'aſſemblage de toutes les vertus morales, dans leur degré le plus émi-nent, qu'il doit à'exercice continuel qu'il en a fait, dans une infinité decorps par leſquels il a paſſé. Il eſt exempt de paſſions. II ne reſſent au-cun mouvement qui puiſſe altérer ſa tranquillit. Mais, avant que d'arri-ver à ce ſublime état, une application extreme à vaincre ſes paſſions a pro-duit un changement ſi prodigieux dans ſon corps, que ſon ſang en eſt devenublanc. II a le pouvoir de ſe montrer ou de ſe rendre inviſible aux yeuxdes hommes. Son agilité eſt ſurprenante. Dans un inſtant, par la ſeuleforce de ſes deſirs, il peut ſe tranſporter d'une extremité du Monde à l'au-tre. Il fait tout;& ſa ſcience ne conſiſte pas, comme la nòõtre, dans une

ſui-(r) Ibid. pag. 356. ſe, puiſqu'il dit que dans toute leur doctri-(r) Premier Voyage de Tachard, pag. ne, il ne trouve nulle idée de divinité; à282. II aſſure que ce qu'il rapporte a toute moins qu'il n'entende, nulle idée qui reſ-Fexactitude poſſible. L.a Loubere paroit a- ſemble à la notre, pag. 394.voir ignoré le fond de la Religion Siamoi-Hh 3

DescRhIrTIox8DU RorvAuUMEDE SIAM.Réceptiondes Talapoui-

nes.

Elections&Fondations.

Religion desSiamois.

Idée qu'ilsont de Dieu.