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Tome douzième.
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DescamrtorDU RovAUMEDE GIAM.

Ses avantu-res divines.

Sa guerrecontre The-vathat.

Origineque les Sia-mois donnentà nôtre Reli-gion.

250 VOYXAGES DANS LEL

Siamois adorent aujourd'hui. IIs l'appellent Sommono- Ebodom(z). Sonhiſtoire eſt un mêélange monſtrueux de Chriſtianiſme& des plus ridiculesFables. On ſuppoſe d'abord qu'il naquit Dieu, par ſa vertu propre,&qu'immédiatement aprèes ſa naiffance, il acquit ſans aucun Maitre& parune ſimple vüe de fon eſprit, une parfaite connoiſſance de tout ce qui re-garde le Ciel, la Terre, le Paradis, l'Enfer,& tous les ſecrets de la Na-ture; qu'au même inſtant, il ſe ſouvint de tout ce qu'il avoit fait dans lesdifférentes vies qu'il avoit menes;& qu'après avoir enſeigné de profondsmiſtères aux Peuples, il les leur laiſſa par écrit dans ſes livres, pour L'in-ſtruction de la poſtérité.

Crsr lui-même, fuivant Tachard, qui raconte dans ces livres qu'étantdevenu Dieu, il ſouhaita un jour de manifeſter ſa divinité aux hommes parquelque prodige extraordinaire. II étoit alors aſſis ſous un arbre nomméTonppo, que les Siamois reſpectent beaucoup par cette raiſon. II ſe ſentitporté en Pair dans un trône, éclatant d'or& de pierreries;& les Anges,deſcendant du Ciel, lui rendirent les honneurs& les adorations qu'ils luidevoient. Son frère Tbevatbat& ſes Sectateurs ne purent voir ſans jalou-ſie ſa gloire& ſa majeſté. IIs conſpirèrent ſa perte, avec tous les animaux,qu'ils liguerent auffi contre lui. Mais il remporta une victoire éclatante.Cependant Thevathat, aſpirant auſſi à la divinité, refuſa de ſe ſoũmettre,& forma une nouvelle Religion, dans laquelle il engagea quantité de Rois& de Peuples. Ce fut l'origine d'un ſchifme, qui diviſa le Monde en deuxPartis. Les Siamois nous mettent dans celui de Thevathat; d'où ils con-cluent qu'il ne faut pas s'étonner qu'étant ſes Diſciples nous ignorions toutce qu'ils ont appris de Sommono-khodom,& que nos écritures ſoyent rem-plies de doutes& d'obſcurités. Mais quoique Thevathat ne fut pas un vé-ritable Dieu, ils lui accordent d'avoir excellé dans pluſieurs Sciences, ſur-tout dans les Mathématiques& la Géométrie:& comme nous avons regude lui ces connoiſſances, ils ne ſont pas furpris que nous y ayions fait plusde progrès qu'eux. Enfin, ce frère impie fut précipité au fond de'Enfer.Sommono-Khodom raconte lui-même qu’ ayant viſité les huit demeures infer-nales, il reconnut Thevathat dans la huitiéme; c'eſt-à-dire, dans le lieu oùles plus grands criminels ſont tourmentés. II fait la deſcription de ſon ſup-plice. II le vit attaché à une croix, avec de gros cloux, qui lui pergoient

les

(2z) La Loubere écrit Sommona Codom. IIdit qu'ayant communiqué au Savant d'Herbe-lot, toüt ce qu'il favoit de Siamois, pour lemettre en état de comparer cette langue a-vec l'Arabe, le Turc& le Perſan, il appritde lui que Suman, qu'il faut prononcer Sou-man, ſignifie Ciel, en Perſan,& que Codumou Codom, veut dire Ancien dans la mêmelangus: d'où il conclut que Sommona-Co-dom ſemble ſignifier le Ciel qternel ou ineréé,parce qu'en Perſan, comme en Hebreu, lemot qui veut dire Ancien ſignifie auſſi éter-nel ou incréé. A l'’'égard de la langue Balie,† Herbelot diſoit que l'ancien Perſan s'ap-

pelle Pachalevi ou Pabali,& qu'entre Pabali& Babali, les Perſans ne meitent point dedifférence.

De-là, la Loubere eſt porté à croire queles ancétrés des Siamois ont adoré le Ciel,comme les anciens Chinois,& peut- êtrecomme les anciens Perſes; mais qu'ayant en-ſuite embraſfé la doctrine de la Métempſy-coſe,& oublié le vrai ſens du mot de Som-mona-Codom, ils ont fait un homme deFeſprit du Ciel, avec un grand nombre d'at-tributions fabuleuſes. La Loubere, ubi ſupꝑ.

pog. 422.