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Tome douzième.
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RONXAUME DE SIA M, Evv. II. 251

les pieds& les mains avec d'inſupportables douleurs. Sa téte étoit envi-ronnée d'une couronne d'épines; ſon corps, tout couvert de playes;&pour comble de miſère, un feu tres-ardent le bruloit ſans le conſumer. Lapitié fit oublier, à Sommono-khodom, toutes les injures qu'il avoit reguesde ce frêère coupable. II lui propoſa d'adorer ces trois mots, Pputhang,Thamang, Sangtbang, mots ſacrés& miſtérieux, que les Siamois reſpectentbeaucoup,& dont le premier ſignifie Dieu; le ſecond, Parole ou Verbe deDieu; le troiĩſiéme, Imitation de Dieu. La grace de Thevathat fut miſe àcette condition. Mais après avoir adoré les deux premiers mots, il re-fuſa d'adorer le troiſiéme, parce qu'il ſignifie Imitateur de Dieu ou Prétre,& que les Prétres font des hommes pécheurs, qui ne méritent pas ce reſpect.Il fut abandonné à ſon obſtination,& ſon châtiment dure encore.

TAXeͥHARD obferve qu'entre pluſieurs obſtacles, qui éloignent les Sia-mois de Evangile, rien ne leur en inſpire tant d'averſion que cette idée.Une ſorte de reſſemblance, qu'ils croyent trouver, ſur quelques points,entre leur Religion& la nôtré, leur perſuade que ce Thevathat n'eſt pasdifférent de Jeſus-Chriſt. IIs regardent un Crucifix comme vimage parfai-e du chätiment de Thevathat;& lorſqu'un Miſſionnaire entreprend deleur expliquer les articles de nôtre foi, ils hui répondent qu'ils n'ont pasbeſoin de ſes inſtructions,& qu'ils favent déja tout ce qu'il croit leur ap-prendre(a).

Ox lüt dans les Ecrits de Sommono-khodom, que depuis qu'il avoit aſpi-ré à devenir Dieu, il étoit revenu cinq cens cinquante fois au Monde, ſousdifférentes figures; que dans chaque renaiſſance il avoit tocjours été lepremier& comme le Prince des animaux, ſous la figure deſquels il naif-ſoit; que ſouvent il avoit donné ſa vie pour ſes Sujets,& qu'étant ſinge,il avoit délivré une Ville d'un monſtre horrible qui la déſoloit par ſes ra-vages; qu’'il avoit été un Roi três-puiſſant; qu'avant que d'obtenir le ſou-verain Domaine de l’'Univers, il s'Stoit retiré avec ſa femme& ſes deuxenfans, dans des folitudes écartées, où il étoit mort au monde& à ſespaſſions, juſqu'à ſouffrir ſans émotion qu'un Bramine, qui vouloit éprou-ver ſa conſtance, lui enlevàt ſon fils& ſa fille,& les tourmentâàt devantlui; qu'il avoit donné ſa femme à un pauvre, qui lui demandoit l'aumôo-ne;& qu'enfin, après s'être crevé les yeux, il s'étoit ſacrifié lui-même endiſtribuant ſa chair aux animaux, pour les ſoulager dans une faim preſ-fante. Telles ſont les actions vertueuſes dont les Talapoins propoſent P'i-mitation au Peuple.

DäANs ſon apotheoſe, ſon ame monta au huitième Ciel, pour n'être plusſujette aux miſéres humaines,& pour y jouir d'une félicité parfaite. El-le ne renattra jamais; ce que les Siamois nomment anéantiſſement. Cemeſt pas une véritable deſtruction; mais une ame ne paroit plus ſur laTerre, quoiqu'elle vive au Ciel. Le corps de Sommono-khodom fut bruü-16;& ſes Diſciples ont conſervé juſqu'à préſent ſes os, dont une partie eſtdans le Royaume de Siam,& P'autre dans celui du Pegu. On leur attribuedes vertus merveilleuſes. Avant ſa mort, il ordonna qu'on fit ſon por-

trait,

(a) Tachard, ubi ſup. pag. 305.

DeschiprionDU RovxAudteDE 8I1AM.

Principaleraiſon qui lesen éloigne.

leſquellesSommono-khodom a

paſſé.

Son apo-theoſe.