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Tome douzième.
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DgsckIrrIoNDU RovYvAUMEDE SIAM.

Manièredont on lesprend à Siam.

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comme d'un homme. IIs le croyent parfaitement raiſonnable;&'uniqueavantage qu'ils donnent ſur ces animaux, à l'eſpèce humaine, eſt celui dela parole(m). Il ſuffira de rapporter ici la maniere dont ils les prennent,

ſur le témoignage de la Loubere, qui eut Ia curioſité d' aſſiſter à ce ſpecta-

cle. Comme les forêts de Siam ſont remplies d'eéléphans ſauvages, la diffi-cuſté ne conſiſte que dans le choix d'un lieu convenable aux piéges qu'onleur dreſſe.

O fait une eſpèce de tranchée, compoſée de deux terraſſes qu'on élèvepreſqu'à plomb, de chaque cêôté,& fur leſquelles un ſimple Spectateur peutſe tenir ſans danger. Dans le fond qui eſt entre ces terraſſes, on plante undouble rang de troncs d'arbres, hauts d'environ dix pieds, aſſez gros pourréſiſter aux efforts de l'éléphant,& ſi ſerrés qu'il ne reſte de place entredeux que pour le paſfage d'un homme. On a des éléphans femelles exercéesà cette eſpèce de chaſſe, qu'on laiſſe pattre librement aux- environs. Ceuxqui les mênent ſe couvrent de feuilles, pour ne pas effaroucher les éléphansfauvages;& ces femelles ont aſſez d'intelligence pour appeller les màlespar leurs cris. Lorfqu'il en paroit un, elles s'engagent auffi-tot dans latranchée, ouù le mäale ne manque pas de les ſuivre. Liſſue de'eſpace eſtun Coridor étroit,& compoſé auſſi de gros troncs d'arbres. Dès que P'élé-phant ſauvage eſt entré dans ce coridor, il eſt pris; parceque la porte quilui ſert d'entrée,& qu'il ouvre en la pouſſant devant lui avec la trompe, ſereferme de ſon propre poids,& qu'une autre porte par laquelle il doit ſor-tir, ſe trouve fermée. D'ailleurs ce lieu eſt ſi étroit qu'il ne peut entiere-ment s'y tourner. Ainſi la difficulté ſe réduit à Pengager ſeul dans le cori-dor. Pluſieurs hommes, qui ſe tiennent derriére les troncs, entrent dansla tranchée& le harcelent avec beaucoup d'ardeur. Ceux qu'il pourſuit

dans ſa colere ſe refugient derrieére les troncs, entre leſquels il pouſſe inu-tilement ſa trompe,& contre leſquels il caſſe quelquefois le bout de ſesdents. Mais pendant qu'il s'attache à ceux qui'ont irrité, d'autres Iuijettent de longs lacets, dont ils retiennent l'un des bouts,& les lui jettentavec tant d'adreſſe, qu'il ne manque preſque jamais d'y engager un de ſesieds de derriere. Ces lacets ſont de groſſes cordes, dont l'un des boutseſt paſſé dans l'autre en ncoud coulant. L'éléphant en traine quelquefoisun grand nombre à chaque pied de derrière. Car lorſqu'une fois le laceteſt ſerré au-deſſus du pied, on en lache le bout, pour n'etre pas entrainépar les efforts d'un animal ſi robuſte. Plus il s'irrite, moins il marque d'at-tention pour les femelles. Cependant, pour le faire ſortir de Peſpace, unhomme monté fur une autre femelle, y entre, en ſort,& rentre pluſieursfois par le coridor. Cette femelle appelle chaque fois les autres, par uncoup ſec de ſa trompe, qu'elle donne contre terre. Enfin les autres femel-les la ſuivent;& l'on ceſſe alors d'irriter'léphant ſauvage, qui revenantbien-têt à lui-même ſe détermine à les fuivre auſſi. II pouſſe devant lui,avec ſa trompe, la premiere porte du coridor, par laquelle il les a vũ paſ-ſer. IIy entre à ſon tour; mais il n'y trouve pas les femelles, qu'on a déjafait ſortir ſucceſſivément par l'autre porte. Auffi-têt qu'il y eſt entréè, nu ui

(m) Le méeme, ibid.