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Tome douzième.
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DesckrrIoNDU RovxAuMEDE 8IAM.Exemplesremarquablesde l'inſtinctmerveilleuxde ces ani-

maux.

Rhinoceros.

264 VOVYAGES DANS L E

UN jour que le Chevalier de Forbin accompagnoit le Roi de Siam à lachaſſe des éléphans, ce Prince, pour lui faire comprendre combien ces ani-maux paroiſſent doüés d'intelligence, lui raconta, que celui qu'il montoitalors, avoit el un Corna, ou Palfrenier, qui lui retranchoit la moitié de ſanourriture. L'éléphant ne pouvant ſe plaindre que par ſes cris, en fit deſi horribles, qu'ils jettèrent F'allarme dans tout le Palais. Le Roi ſe doutadu fait. II lui fit donner un nouveau Corna plus fidèle que autre. L'élé-phant ayant regu toute ſa portion de riz, la partagea en deux avec ſa trom-pe, mangea la moitié,& ſe mit à crier de plus belle, comme pour indi-quer par-là, P'infidélité du premier Corna, qui avoua ſon crime, dont ilfut ſévêèrement chatié. Forbin ajoüte que le Roi lui raconta encore, fur ceſujet, pluſieurs autres traits, qui Jui auroient paru incroyables, ſi tout autreque ce Prince lui en eut fait le récit; mais il rapporte deux exemples, dontij déclare avoir été témoin lui-meme.

UN éléphant en rut, dit-il, s'étant ſauvé au milieu de la Rivière, jemontai à cheval pour le ſuivre, curieux de voir ce qu'il deviendroit. jetrouvai la femme du Corna qui étoit accourue au bord de leau,& qui fai-ſant des reproches à cet animal, lui parloit à-peu-preês en ces termes:„Tu„ veux donc qu'on coupe la cuiſſe à mon Mari? Car tu ſqais que c'eſt le„ chatiment ordinaire des Cornas qui laiſſent échaper leurs éléphans. Eh„ bien! puifque mon Mari doit mourir, tiens; voilà encore mon enfant,„ viens le tuér auſſi’“. En achevant ces mots, elle poſa l'enfant à terre,& s'en alla. L'enfant ſe mit à pleurer; alors l'éléphant, comme attendripar ſes cris, ſortit de Peau, prit l'enfant avec ſa trompe,& l'apporta dansla maiſon, où il demeura tranquille.

UNE autre fois, continué!'Auteur, je vis un de ces animaux qu'on menoità'abreuvoir. Comme il dandinoit par les rués avec ſa trompe, il la por-ta auprès d'un Tailleur, qui pour le faire retirer le piqua de ſon aiguille.Au retour de la Riviére, l'éléphant alla badiner de nouveau auprèes du Tail-leur, qui lui fit encore une legère piquũre. A l'inſtant méme l'animal luicouvrit le corps d'une barrique d'eau bourbeuſe qu'il avoit apportée;&s'ap-plaudiſſant de ſa vengeance, il parut rire à ſa manière, comme pourroit fai-re un homme qui auroit joué quelque plaiſant tour à un autre.

LEs Siamois tirent des ſervices conſidérables de ces animaux, qui leurtiennent en quelque fagon lieu de Domeſtiques, ſar-tout pour avoir ſoin deleurs petits enfans. IIs les prennent avec leur trompe, les couchent dansleurs branles, les bercent& les endorment;& quand la mère veut avoirſon enfant, elle le demande à F'éléphant, qui va le chercher& le lui ap-porte().]

LEs rhinoceros doivent éêtre aufſi en fort grand nombre dans les forétsde Siam, puiſque Gervaiſe aſſure que les Siamois en font un fort grand tra-fic avec les Nations voiſines().

EN-(p) Mémoires du Comte de Forbin, pag.„ Cet animal farouche& cruel eſt, dit il,134& ſuiv.„ de la hauteur d'un grand ane. II auroit

() Voici da deſcription qu'il en donne:„ la téête a-peu-près de même, s'il müavoit„ Pas