Taverniercontredit parSheldon.
II ſe con-tredit lui-mè-me.
272 VvVOYXAGES DANS LES
rient, le Pays de Laos; au Midi, le Royaume de Siam. Mais il ajoüteque ces bornes ne ſont pas ſi conſtantes, qu'elles ne changent ſouvent pardes acquiſitions ou des pertes. Vers la fin du ſiécle précédent, un deſes Rois les étendit beaucoup. II ſoümit juſqu'aux Siamois à lui payer untribut. Mais cette gloire dura peu;& ſes Succeſſeurs ont été renfermésdans les poſſeſſions de leurs Ancetres(d).
LE Pays eſt arroſé de pluſieurs Rivières, dont la principale ſort du Lacde Chiamay,& ne parcourt pas moins de quatre ou cing cens miles juſqu'àla Mer. Elle porte le nom de Pegu, comme le Royaume qu'elle arroſe.La fertilité qu'elle y répand,& ſes inondations réguſiéres l'ont fait nom-mer aufſi le Nil Indien(e). Ses débordemens s'étendent juſqu'à trentelieues de ſes bords. IIs laiſſent fur la terre un limon ſi gras, que les pa-turages y deviennent excellens,& que le riz y croit dans une prodigieu-ſe abondance.
Ox ne doit compter entre les Villes de Pegu, ni celle de Martaban,qui eſt elle-même la Capitale d'un petit Etat, quoiqu'elle ait appartenuſucceſſivement aux Royaumes de Pegu& de Siam, entre lefquels elleeſt ſituée; ni celle d' Ava, qui eſt la Capitale d'un Royaume du même nom,quoique la Rivière qui s'y jette dans le Golfe de Bengale(†) ſerve de Portaux Peguans, pour remonter dans une grande partieé de leur Pays. CetteRiviere conduit juſqu'à Siren, où le Rol de Pegu tient ordinairement ſaCour(g). C'eſt un Voyage qui ſe fait en ſoixante jours, ſur de grandes Bar-ques plates, avec leſquelles on ſurmonte, ſans danger, les difficultés d'un grandnombre d'écueils. Les bois, qui ſont remplis de lions, de tygres& d'éléphans,ne permettent point de faire cette route par terre. Siren n'eſt connu quede nom,& ſfuivant toute apparence, c'eſt la même Ville que tous lesVoyageurs nomment Pegu, en donnant mal- à-propos à la Capitale, le nomdu Pays& de la Riviere(b). Mais Sheldon qui avoit aſſez vifité c'au-tres parties du Royaume, pour en connottre le terroir& les uſages, ſem-ble mériter plus de foi que Tavernier, lorſqu'il en vante les richeſſes,& qu’il aſſure qu'avant les derniéres guerres des Peguans, elles égaloientcelles des plus grands Princes de l'Orient. Tavernier, ſans appuyer ſonopinion d'aucun témoignage, décide hardiment d'un Pays qu'il n'avoit ja-mais vo, que„ C'eſt une des plus pauvres Contrées du Monde, d'où il ne„ vient que des rubis;& bien moins, dit-il, qu'on ne pourroit croire,„ puiſque tous les ans, il n'en ſort pas pour cent mille écus Be.-vérité il paroit contredire auſfi-tét le jugement qu'il a porté des richeſſesdu Pegu, en reconnoiſſant qu'il n'en fort aucun rubis qu'on n'ait fait voirau Rol,& que ce Prince retient tous ceux qui ſont d'une valeur extraor-dinaire(¼).
SHELDON(4) Mendez Pinto donne au Pegu cent les Relations.quarante lieues de circonférence.(b) Sheldon, dans le Voyage d'Ovington,() C'eſt Mafpfee qui lui donne ce nom. pag. 585.(f) A vingt- un degrées du Nord.(i) Tavernier, pag. 291.
(g) Ceeſt une erreur commune à toutes(k) Lbidem.